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	<title>Association Jean Carmignac</title>
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	<description>&#201;vangiles, historicit&#233;, ex&#233;g&#232;se, Carmignac, Tresmontant, arch&#233;ologie, Q&#251;mran</description>
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		<title>L'ABB&#201; CARMIGNAC par lui-m&#234;me</title>
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		<dc:date>2013-11-13T08:13:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>admin_cryptos</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Jean Carmignac - Bulletins Nr. 1, Nr. 2&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.abbe-carmignac.org/?-Textes-de-Jean-Carmignac-" rel="directory"&gt;Jean Carmignac&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;(Introduction et notes par F. Demanche)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abb&#233; Carmignac, qui &#233;tait tr&#232;s attach&#233; &#224; sa famille, s'est &#233;vertu&#233; &#224; retrouver ses nombreux cousins, ses contemporains, et &#224; organiser des journ&#233;es rencontres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'est livr&#233; &#224; de nombreuses recherches d'&#233;tat civil qui lui ont permis de r&#233;diger une histoire de la famille Carmignac en deux volumes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus anciennes traces de cette famille qu'il ait retrouv&#233;es remontent au XVlll&#176; si&#232;cle. Dans un village du Limousin, nomm&#233; Orsennes entre Eguson et Aigurande (actuellement d&#233;partement de l'Indre), naquit Sylvain, fils de Joseph CARMINIAT et d'Anne Bonnet, baptis&#233; le 17 avril 1744. Apr&#232;s la mort de ses parents survenue en 1766, le jeune homme, ouvrier ma&#231;on, partit chercher fortune vers le Nord. On le retrouve &#224; Chevry le Bignon, obscur village du G&#226;tinais, o&#249; il se marie en 1775 avec Marie Anne DELOINCE. Avec l'accent de son pays natal, il pronon&#231;a son nom en faisant sonner le -t- final, mais &#233;tant illettr&#233; il ne pouvait en pr&#233;ciser l'orthographe. Le pr&#234;tre de la paroisse, ayant mal entendu la finale l'inscrivit sur le registre des mariages non pas CARMINIAT mais CARMIGNAC et cette forme se transmit aux descendants de leurs dix enfants, alors que les lointains cousins du Limousin conservaient la forme CARMINIAT (ou avec variante : CARMIGNAT).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la notice qui le concerne personnellement :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comment raconter ma propre histoire sans para&#238;tre pr&#233;tentieux ? Mais je ne voudrais pas non plus que les g&#233;n&#233;rations futures de notre famille se plaignent de mon silence...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est par sa m&#232;re Maria Julia Collard&#233; n&#233;e &#224; Marey (par Martigny-les-bains, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, je suis n&#233; le vendredi 7 ao&#251;t 1914, 1 rue Chaptal &#224; Paris 9&#176; et j'ai re&#231;u les pr&#233;noms de Jean, Gaston, Maurice, ce qui faisait de moi Jean VIII, apr&#232;s Jean VII. La guerre &#233;tait d&#233;clar&#233;e depuis cinq jours, mais papa, qui avait 51 ans, n'&#233;tait plus mobilisable. Mon premier souvenir d'enfant est celui de l'explosion de la Courneuve, le 15 mars 1918, quand un d&#233;p&#244;t de munitions sauta juste au nord de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;lev&#233; &#224; Marey &#224; partir du 4 juillet 1919, je me sens profond&#233;ment &#171; paysan &#187; et j'ai si bien pris l'accent des Vosges que je le garde toujours, para&#238;t-il.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Carmignac a &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole du village un surdou&#233;, qui ne posait pas de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;Tr&#232;s jeune j'ai voulu consacrer ma vie &#224; quelque chose d'utile et j'ai bien vite compris que rien ne serait plus utile que de devenir pr&#234;tre et de travailler au salut des &#226;mes. Personne ne m'a influenc&#233; en cela et d&#232;s l'&#226;ge de douze ans ma d&#233;cision &#233;tait irr&#233;vocable. Papa s'y est oppos&#233; pendant quatre ans, car il aurait voulu que je sois instituteur, pour gagner un peu d'argent et pouvoir l'aider dans le reste de sa vie. Finalement il m'a laiss&#233; libre et la Providence m'a permis, sans gagner d'argent, d'assurer &#224; mes parents une heureuse vieillesse &#224; l'h&#244;pital de Lamarche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; des bourses, j'ai fait mes &#233;tudes au petit s&#233;minaire de Mattaincourt, de 1925 &#224; 1931, puis au grand s&#233;minaire de Saint-Di&#233;, de 1931 &#224; 1934. A la rentr&#233;e d'octobre 1934, pour r&#233;aliser un d&#233;sir du pape Pie XI, qui avait demand&#233; &#224; l'&#233;v&#234;que de Saint-Di&#233; de procurer &#224; un &#233;tudiant une formation romaine, on m'a d&#233;sign&#233; pour partir &#224; Rome, au S&#233;minaire Fran&#231;ais, afin d'y pr&#233;parer une licence de Th&#233;ologie et une licence d'&#201;criture Sainte. Mon s&#233;jour &#224; Rome, de 1934 &#224; 1939, fut un enchantement &#224; la fois intellectuel et spirituel : l'Italie m'a beaucoup marqu&#233; et j'ai laiss&#233; &#224; Rome la moiti&#233; de mon c&#339;ur.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un de ses condisciples au s&#233;minaire de Rome se souvenait encore 60 ans plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refus&#233; au service militaire parce que je n'avais pas le poids correspondant &#224; ma taille (1m83, comme mes cousins dans la famille de maman), j'ai &#233;t&#233; ordonn&#233; sous-diacre &#224; Saint-Di&#233; le 11 octobre 1936, puis diacre &#224; Rome le 19 d&#233;cembre 1936, enfin pr&#234;tre le 27 mars 1937 dans la chapelle du grand s&#233;minaire de Saint-Di&#233;. A cette c&#233;r&#233;monie, ainsi qu'&#224; ma Premi&#232;re Messe Solennelle &#224; Marey, le lundi de P&#226;ques 29 mars, notre famille &#233;tait repr&#233;sent&#233;e, en plus de mes parents, de ma s&#339;ur et de mes neveux, par Anthelme Penelle et par L&#233;a Colin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai termin&#233; mes &#233;tudes, en juillet 1939, juste pour le d&#233;but de la seconde guerre mondiale. A cause de l&#233;sions pulmonaires je n'ai pas &#233;t&#233; mobilis&#233;, mais j'ai &#233;t&#233; nomm&#233; professeur au grand s&#233;minaire de Saint-Di&#233;, o&#249; je devais enseigner l'&#201;criture Sainte et la Morale Fondamentale.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il y ajouta un cours d'h&#233;breu, qui commen&#231;ait par la r&#233;citation du Pater en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'absence de nombreux professeurs, partis au front puis rest&#233;s en captivit&#233;, rendait la t&#226;che tr&#232;s lourde. En 1942 s'y est ajout&#233; l'&#233;conomat, avec la responsabilit&#233; de nourrir 175 personnes, en pleine p&#233;riode de rationnement. De nuit j'allais avec une camionnette &#224; gazog&#232;ne, souvent en panne, chercher du ravitaillement dans les r&#233;gions agricoles et le jour je faisais mon travail de professeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce r&#233;gime la tuberculose m'a vite terrass&#233; et en juillet 1943 je devais partir au sana de Thorenc, o&#249; l'on m'a fait subir deux pneumothorax et o&#249; je n'ai &#233;chapp&#233; que de justesse &#224; l'op&#233;ration barbare de la thoracoplastie. Du moins, &#224; cause de cette maladie, je ne me trouvais pas &#224; Saint-Di&#233; en novembre 1944, quand les Allemands ont d&#233;port&#233; tous les hommes de la r&#233;gion au camp de concentration de Dachau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai quitt&#233; le sana, en juin 1945, j'ai &#233;t&#233; nomm&#233; aum&#244;nier du petit h&#244;pital de Lamarche, o&#249; l'on pouvait soigner mes pneumos et o&#249; mes parents sont venus terminer leur vie pr&#232;s de moi. L&#224; comme au sana, je disposais d'amples loisirs, que j'employais &#224; mettre au point une nouvelle m&#233;thode pour la critique textuelle de l'Ancien Testament en h&#233;breu. La suppression du poste d'aum&#244;nier &#224; Lamarche m'a fait nommer, en septembre 1950, aum&#244;nier militaire &#224; l'h&#244;pital de Kreuznach, pr&#232;s de Mayence, puis &#224; celui de Giessen. Mais, ma sant&#233; supportant mal le climat de l'Allemagne, je rentrais en juin 1951 dans les Vosges et j'&#233;tais affect&#233; au petit h&#244;pital de Fraize, pr&#232;s de Saint-Di&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 d&#233;cembre 1953, six jours apr&#232;s le d&#233;c&#232;s de maman, l'&#233;v&#234;que de Saint-Di&#233;, Monseigneur Brault, me proposait de poser ma candidature pour une bourse &#224; l'&#201;cole Biblique de J&#233;rusalem. De fait, j'ai obtenu cette bourse et &#224; la fin de septembre 1954 je suis parti pour la Palestine, avec une escale de huit jours en Egypte. Ce s&#233;jour en Terre Sainte a &#233;t&#233; passionnant, non seulement par les diverses excursions (jusqu'&#224; P&#233;tra au sud, jusqu'&#224; Palmyre &#224; l'est et jusqu'&#224; Antioche au nord), mais surtout par la d&#233;couverte du pays de la Bible, o&#249; J&#233;sus a v&#233;cu et souffert pour nous. Chaque matin je c&#233;l&#233;brais la Messe au Lithostrotos, l&#224; o&#249; J&#233;sus a &#233;t&#233; condamn&#233; par Pilate ; le vendredi je participais au chemin de la croix dans les rues de la ville ; souvent je pouvais aller prier &#224; Geths&#233;mani ou au Calvaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma bourse comportait l'obligation de r&#233;diger un travail pour l'Acad&#233;mie des Inscriptions et Belles-Lettres. J'ai choisi l'&#233;tude du d&#233;chiffrement d'un manuscrit de la Mer Morte, et cela m'a amen&#233; &#224; me sp&#233;cialiser dans les fameuses d&#233;couvertes faites &#224; Qumr&#226;n, pr&#232;s de la Mer Morte. Quand j'ai quitt&#233; J&#233;rusalem, en avril 1956, j'avais termin&#233; la r&#233;daction de l'ouvrage qui a &#233;t&#233; publi&#233; en 1958 chez Letouzey et An&#233; sous le titre &#171; La R&#232;gle de la Guerre des Fils de Lumi&#232;re contre les Fils de T&#233;n&#232;bres. Texte restaur&#233;, traduit, comment&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon retour en France, mon &#233;v&#234;que a jug&#233; qu'il valait mieux que je continue dans cette ligne et il m'a conseill&#233; de demander un poste de vicaire auxiliaire &#224; la paroisse Saint-Sulpice, 50 rue de Vaugirard, &#224; Paris 6&#176;. Ainsi j'avais la chance de partager mon temps entre deux activit&#233;s qui me passionnaient l'une et l'autre : le minist&#232;re paroissial, surtout par la confession et la direction de conscience, me fournissait l'occasion d'aider les &#226;mes dans leur vie spirituelle, et les recherches h&#233;bra&#239;ques me faisaient mieux d&#233;couvrir l'ambiance religieuse dans laquelle ont &#233;t&#233; compos&#233;s nos &#201;vangiles. Pour r&#233;pondre &#224; de perfides objections r&#233;pandues alors dans la presse, j'ai compos&#233; au d&#233;but de 1957 un petit ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Le Docteur de Justice et J&#233;sus-Christ&lt;/i&gt;, qui est paru en novembre 1957 aux &#233;ditions de l'Orante. Je commen&#231;ais &#233;galement &#224; r&#233;diger divers articles scientifiques sur les documents de Qumr&#226;n et, comme il n'y avait aucune revue sp&#233;cialis&#233;e en ce domaine, j'ai combl&#233; cette lacune en fondant la &lt;i&gt;Revue de Qumr&#226;n&lt;/i&gt;, qui para&#238;t depuis juillet 1958 et qui est la seule revue au monde consacr&#233;e &#224; ce sujet. J'ai aussi entrepris, avec trois collaborateurs, de r&#233;aliser une traduction fran&#231;aise de tous les manuscrits de la Mer Morte, qui soit &#224; la fois plus scientifique et plus intelligible que les premi&#232;res traductions en usage. Ainsi ont &#233;t&#233; publi&#233;s en deux volumes &lt;i&gt;Les Textes de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Qumr&#226;n traduits et annot&#233;s&lt;/i&gt; (Letouzey et An&#233;, 1961 et 1964).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ma vie a &#233;t&#233; boulevers&#233;e par un &#233;v&#233;nement dont vous aurez peut-&#234;tre du mal &#224; comprendre l'importance. Quand j'ai appris qu'une nouvelle traduction fran&#231;aise du &#171; Notre P&#232;re &#187; allait contenir la formule &#171; Ne nous soumets pas &#224; la tentation &#187;, j'ai &#233;t&#233; indign&#233;, d'abord parce que cette traduction est fausse, et surtout parce qu'elle constitue un outrage &#224; Dieu, qui n'a jamais soumis personne &#224; la tentation. J'ai donc protest&#233; aupr&#232;s des autorit&#233;s responsables de cette erreur, mais je n'ai pas r&#233;ussi &#224; les faire modifier cette regrettable traduction. Persuad&#233; que la v&#233;rit&#233; finit toujours par s'imposer, je me suis mis &#224; pr&#233;parer une th&#232;se de doctorat sur le &#171; Notre P&#232;re &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notre P&#232;re des Cieux, / Que, sur terre comme au Ciel, / Ton Nom soit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Je l'ai soutenue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec la mention &#171; maxima cum laude &#187;.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; le 29 janvier 1969 et elle est parue en juillet de la m&#234;me ann&#233;e avec le titre &lt;i&gt;Recherches sur le Notre P&#232;re&lt;/i&gt; (Letouzey et An&#233;) ; c'est un gros volume de 608 pages, qui p&#232;se plus d'un kilo ! Plus tard je l'ai abr&#233;g&#233; en un petit volume de vulgarisation &lt;i&gt;&#192; l'&#233;coute du Notre P&#232;re.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Editions F.X. de Guibert, 3 rue Jean-Fran&#231;ois Gerbillon 75006 Paris. L'Abb&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, cette opposition, que ma conscience m'imposait &#224; la fois par loyaut&#233; scientifique et par respect de Dieu, n'a pas &#233;t&#233; appr&#233;ci&#233;e par les autorit&#233;s eccl&#233;siastiques et j'ai d&#251; quitter mon poste &#224; Saint-Sulpice pour me r&#233;fugier &#224; la paroisse Saint-Louis d'Antin (24 rue Joubert, 75009 Paris), puis en 1967 &#224; la paroisse Saint-Fran&#231;ois de Sales (10 rue Br&#233;montier, puis 17 rue Amp&#232;re, 75017 Paris). Mais j'y suis dans de bonnes conditions pour continuer soit mon minist&#232;re de confession et de direction de conscience, soit mes recherches sur la Bible et sur les manuscrits de la Mer Morte.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les cur&#233;s de la paroisse ne lui ont jamais confi&#233; d'enfants &#224; cat&#233;chiser ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, depuis avril 1963, je pr&#233;pare un autre travail consid&#233;rable, pr&#233;vu en plusieurs volumes. Je me suis aper&#231;u que, si l'on retraduisait le texte grec des trois premiers Evangiles en h&#233;breu de Qumr&#226;n, on pouvait expliquer les relations r&#233;ciproques de ces trois Evangiles, &#233;clairer leurs circonstances de composition et v&#233;rifier leur valeur historique. De fil en aiguille, j'ai &#233;t&#233; amen&#233; &#224; m'occuper des traductions h&#233;bra&#239;ques des Evangiles d&#233;j&#224; faites dans le pass&#233; et j'en ai d&#233;couvert environ 75, la plupart totalement ignor&#233;es. Je poursuis toujours ces recherches et je me consacre actuellement &#224; la r&#233;daction des deux premiers volumes. S'ils paraissent en 1980 je serai content ! Et j'envisage aussi de recruter une &#233;quipe de collaborateurs pour m'aider &#224; publier les meilleures de ces traductions h&#233;bra&#239;ques des Evangiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d&#233;pendra, &#233;videmment, de ma sant&#233;. Depuis le sana elle a toujours &#233;t&#233; assez chancelante et une bronchite chronique me g&#234;nait beaucoup pour parler en public. Depuis 1967 le vaccin contre la bronchite a bien am&#233;lior&#233; ma situation et j'ai pu accepter un poste &#224; l'Institut Catholique de Paris, o&#249; j'enseigne la critique textuelle de l'Ancien Testament et les manuscrits de la mer Morte. Mais en 1972 j'ai fait une endocardite, qui aurait pu &#234;tre fatale. Gr&#226;ce &#224; Dieu et aux m&#233;decins de l'h&#244;pital Saint Joseph, je n'en suis pas mort et j'ai repris une activit&#233; normale, mais je sais que mon c&#339;ur n'est gu&#232;re plus solide que mes poumons...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour compl&#233;ter le tableau, j'ajouterai que je vais presque chaque ann&#233;e passer un mois de vacances &#224; l'abbaye de Prinknash, pr&#232;s de Gloucester, en Angleterre, que j'ai &#233;t&#233; invit&#233; &#224; faire des conf&#233;rences en divers endroits, surtout &#224; Leipzig (1961), Bruxelles (1964), Newcastle (1970), Luxembourg (1971), que j'ai &#233;t&#233; promu 'docteur honoris causa' de l'Universit&#233; de Bonn en 1968, que l'Institut Th&#233;ologique Su&#233;dois de J&#233;rusalem m'a pay&#233; un nouveau s&#233;jour en Terre Sainte pendant l'&#233;t&#233; 1969, pour une s&#233;rie de conf&#233;rences sur le substrat h&#233;breu des Evangiles synoptiques.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette &#233;num&#233;ration souligne que les travaux de l'Abb&#233; Carmignac &#233;taient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il ajouter que je n'ai encore jamais eu le temps de m'ennuyer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; les grandes lignes de ma vie, telles que j'ai cru devoir vous les r&#233;sumer, pour satisfaire votre curiosit&#233;, en m'excusant pr&#232;s des uns d'avoir trop parl&#233; de moi et pr&#232;s des autres de n'avoir pas donn&#233; encore plus de d&#233;tails. Pourtant cela n'est que l'ext&#233;rieur. Le principal est la vie de l'&#226;me. Mais elle reste le secret de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right;width:100%&#034;&gt;Jean Carmignac&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Suite et fin de la biographie de l'Abb&#233; Carmignac par F. Demanche :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;cite&gt;C'est en 1982 qu'il put faire para&#238;tre &#224; compte d'auteur chez Br&#233;pols (Turnhout, Belgique) le premier volume de la magnifique collection &#034;Traductions h&#233;bra&#239;ques des Evangiles&#034;. Il sera suivi de quatre autres volumes.&lt;br class='autobr' /&gt; Sur les instances de Monseigneur Thomas, alors &#233;v&#234;que d'Ajaccio et de l'&#233;diteur Fran&#231;ois-Xavier de Guibert, il &#233;crivit La naissance des Evangiles synoptiques, o&#249; il expose sa m&#233;thode et ses d&#233;couvertes concernant le substrat s&#233;mitique des Evangiles. Ce livre fut publi&#233; en octobre 1983, bient&#244;t suivi d'une nouvelle &#233;dition, o&#249; figurent les r&#233;ponses aux objections de l'abb&#233; Grelot. Il continua jusqu'&#224; ses derniers jours son travail de recherche des s&#233;mitismes et il esp&#233;rait vivre assez longtemps pour r&#233;diger le grand ouvrage scientifique o&#249; il aurait consign&#233; toutes ses analyses et ses conclusions.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour parvenir &#224; ce but, il n'acceptait que tr&#232;s mod&#233;r&#233;ment de faire des conf&#233;rences et de participer &#224; des cercles d'&#233;tude. Signalons cependant sa fid&#232;le participation aux r&#233;unions de &#034;Fid&#233;lit&#233; et Ouverture&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt; Atteint d'une grave bronchite en 1986, il d&#233;c&#233;da le 2 octobre &#224; l'h&#244;pital saint Joseph.&lt;/cite&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est par sa m&#232;re Maria Julia Collard&#233; n&#233;e &#224; Marey (par Martigny-les-bains, Vosges) le 31 octobre 1868 que l'abb&#233; Carmignac a une ascendance lorraine. Apr&#232;s leur mariage, c&#233;l&#233;br&#233; en 1896, Charles Carmignac et Julia organis&#232;rent un petit commerce de cr&#233;merie &#224; Paris. A leur foyer vivaient Robert, n&#233; en 1890 d'un premier mariage de Charles Carmignac, et Marguerite n&#233;e en 1897. Une autre fille Alice-Marie mourut au bout de quelques mois. Leurs affaires prosp&#233;r&#232;rent mais les difficult&#233;s de ravitaillement pendant la guerre de 1914 les d&#233;cid&#232;rent &#224; vendre leur fonds. Ils s'install&#232;rent donc en 1919 dans la vieille maison de Marey dont Julia avait h&#233;rit&#233;, pour y vivre tranquillement de leurs rentes. Ils ne pouvaient pr&#233;voir qu'avec le remplacement du franc-or par le franc papier et les continuelles d&#233;valuations de cette nouvelle monnaie, ils se trouveraient ruin&#233;s et oblig&#233;s de travailler durement dans leurs vieux jours.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jean Carmignac a &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole du village un surdou&#233;, qui ne posait pas de probl&#232;me. En effet d'apr&#232;s les souvenirs de la veuve de l'instituteur, d&#232;s que l'&#233;l&#232;ve avait fini avant tout le monde son devoir, le ma&#238;tre l'envoyait &#224; la biblioth&#232;que choisir un livre, dont il rendait compte parfois devant ses camarades ; ou bien &#224; la cuisine rejoindre sa femme, qui lui offrait volontiers une tartine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Un de ses condisciples au s&#233;minaire de Rome se souvenait encore 60 ans plus tard de l'enthousiasme de J. Carmignac pour les visites arch&#233;ologiques dans les catacombes et autres sites chr&#233;tiens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il y ajouta un cours d'h&#233;breu, qui commen&#231;ait par la r&#233;citation du Pater en h&#233;breu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Notre P&#232;re des Cieux, / Que, sur terre comme au Ciel, / Ton Nom soit glorifi&#233;, / Ton R&#232;gne arrive, / Ta Volont&#233; soit faite./&lt;br class='autobr' /&gt;
Donne-nous aujourd'hui notre pain jusqu'&#224; demain. / Acquitte-nous nos dettes, /&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme nous aussi avons acquitt&#233; nos d&#233;biteurs. / Garde-nous de consentir &#224; la tentation. /&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais &#233;carte-nous du d&#233;mon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Avec la mention &#171; maxima cum laude &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Editions F.X. de Guibert, 3 rue Jean-Fran&#231;ois Gerbillon 75006 Paris. L'Abb&#233; Carmignac a fait partie de la commission charg&#233;e de la traduction fran&#231;aise des textes liturgiques, o&#249; ses remarques ne furent gu&#232;re prises en consid&#233;ration (voir son article &#171; Tutoyer Dieu &#187; paru dans Esprit et Vie).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les cur&#233;s de la paroisse ne lui ont jamais confi&#233; d'enfants &#224; cat&#233;chiser ; il n'&#233;tait admis &#224; faire le sermon de la messe dominicale qu'aux p&#233;riodes de vacances, o&#249; les autres vicaires de la paroisse &#233;taient absents. Son minist&#232;re s'&#233;panouissait au confessionnal et aupr&#232;s des mourants. Sa messe, qu'il &#233;tait autoris&#233; &#224; c&#233;l&#233;brer en latin avait lieu &#224; sept heures du matin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette &#233;num&#233;ration souligne que les travaux de l'Abb&#233; Carmignac &#233;taient beaucoup plus estim&#233;s des ex&#233;g&#232;tes &#233;trangers que des fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;vocation de l'abb&#233; Carmignac par un de ses anciens &#233;l&#232;ves</title>
		<link>https://www.abbe-carmignac.org/?Evocation-de-l-abbe-Carmignac-par</link>
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		<dc:date>2013-08-14T05:24:08Z</dc:date>
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		<description>&lt;p&gt;Robert CUNY - Bulletins Nr. 0&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.abbe-carmignac.org/?-Textes-de-Jean-Carmignac-" rel="directory"&gt;Jean Carmignac&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;cite&gt;Monsieur Robert Cuny a &#233;t&#233; l'&#233;l&#232;ve de l'Abb&#233; Jean Carmignac au grand s&#233;minaire de Saint Di&#233;, de septembre 1940 &#224; septembre 1943. Il a donn&#233; &#224; l'Association les notes pr&#233;cieuses &#8211; et tr&#232;s compl&#232;tes &#8211; qu'il prit pendant le cours que l'abb&#233; Carmignac consacra &#224; Saint Paul au long de ces trois ann&#233;es, comme il le relate avec &#233;motion dans l'&#233;ditorial des Nouvelles de d&#233;cembre 2005 (n&#176;28). [ndlr]&lt;/cite&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;N&#233; le 7 ao&#251;t 1914, Jean Carmignac est entr&#233; au petit s&#233;minaire de Mattaincourt, dans les Vosges, en 1925, puis au grand s&#233;minaire de Saint-Di&#233; en 1931. Cette d&#233;marche avait pris sa source dans une &#226;me encore tr&#232;s jeune mais d&#233;j&#224; d&#233;cid&#233;e &#224; consacrer sa vie &#224; quelque chose d'utile et qui n'avait pas tard&#233; &#224; comprendre que &#034;rien ne serait plus utile que de devenir pr&#234;tre et de travailler au salut des &#226;mes.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soucieux de la formation sp&#233;cialis&#233;e d'un certain nombre de futurs pr&#234;tres, le pape Pie XI avait demand&#233; que des &#233;l&#232;ves des grands s&#233;minaires fussent envoy&#233;s &#224; Rome pour y suivre les cours des universit&#233;s pontificales, l'&#034;Angelicum&#034; et la &#034;Gr&#233;gorienne&#034;. En octobre 1934, l'abb&#233; Carmignac fut d&#233;sign&#233; pur aller pr&#233;parer &#224; Rome les licences de Th&#233;ologie et d'Ecriture Sainte ; il y commen&#231;a l'&#233;tude de l'h&#233;breu. A l'issue de cette p&#233;riode qui dura cinq ans, l'abb&#233; Carmignac revint dans son dioc&#232;se muni des deux licences qu'il avait pr&#233;par&#233;es. Il avait &#233;t&#233; ordonn&#233; pr&#234;tre le Samedi-Saint 27 mars 1937, dans la chapelle du grand s&#233;minaire de Saint-Di&#233;. Au mois d'octobre 1939, il fut charg&#233; des cours d'Ecriture Sainte et de Th&#233;ologie morale au grand s&#233;minaire. Sur son initiative, un cours d'h&#233;breu fut institu&#233; dans cet &#233;tablissement. Ce cours commen&#231;ait par la r&#233;citation du &#034;Notre P&#232;re&#034; en h&#233;breu. Il convient de rappeler que le &#034;Notre P&#232;re&#034; fut par la suite le sujet de sa tr&#232;s emarquable th&#232;se de doctorat, soutenue &#224; la Facult&#233; de Th&#233;ologie de l'Institut Catholique de Paris, en janvier 1969, et &#224; laquelle fut d&#233;cern&#233;e la plus haute mention (&#171; maxima cum laude &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le pr&#234;tre aussi que l'on trouvait dans son bureau, accueillant ceux qui s'adressaient &#224; lui pour recevoir ses directives spirituelles, toujours exprim&#233;es dans un langage sobre et pr&#233;cis. Il savait &#233;couter avec attention ; sa clairvoyance &#233;tait en m&#234;me temps bienveillance. On notera tout particuli&#232;rement son sens de la Providence divine qui lui &#233;tait, pour ainsi dire, co-naturel, en sorte qu'il n'y avait pas de place en lui pour le pessimisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abb&#233; Carmignac ne mettait pas de limite &#224; son d&#233;vouement. Il en donna la preuve lorsque, d&#233;j&#224; charg&#233; de deux cours, on lui confia en outre la lourde responsabilit&#233; d'assurer la nourriture des 175 personnes que comprenait l'ensemble de la communaut&#233; du s&#233;minaire, pendant une p&#233;riode o&#249; cette t&#226;che &#233;tait particuli&#232;rement difficile en zone &#034;occup&#233;e&#034;. Cela consistait pour lui &#224; voyager de nuit, par tous les temps, dans une camionnette &#224; gazog&#232;ne - souvent en panne - pour collecter des vivres dans les r&#233;gions agricoles des Vosges. &#034;A ce r&#233;gime, a-t-il &#233;crit, la tuberculose m'a vite terrass&#233; et, en juillet 1943, je devais partir au sana de Thorenc.&#034; Cependant, n'&#233;tant pas &#224; Saint-Di&#233; &#224; cause de sa maladie, il &#233;chappa &#224; la d&#233;portation des hommes qui eut lieu dans cette ville en novembre 1944. La Providence divine le pr&#233;servait ainsi pour l'orienter, apr&#232;s un r&#233;tablissement assez satisfaisant de sa sant&#233;, vers une autre &#233;tape de sa vie qui pourrait se r&#233;sumer en deux mots : Qumr&#226;n et les Synoptiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puissions-nous accueillir et transmettre le message de la vie de l'abb&#233; Jean Carmignac, toute de d&#233;vouement, de probit&#233;, de bont&#233; accueillante et de s&#233;r&#233;nit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right&#034;&gt;Robert CUNY 20 juin 1998&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Conf&#233;rence abb&#233; Carmignac : La date du Nouveau Testament</title>
		<link>https://www.abbe-carmignac.org/?Conference-abbe-Carmignac-La-date</link>
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		<dc:date>2013-08-11T10:37:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>admin_cryptos</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Jean Carmignac - Bulletins n&#176; 0 et n&#176; 1&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.abbe-carmignac.org/?-Textes-de-Jean-Carmignac-" rel="directory"&gt;Jean Carmignac&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;On entend parfois dire que l'Abb&#233; Jean Carmignac, ayant concentr&#233; son effort sur l'examen critique des textes des synoptiques, ne s'&#233;tait pas int&#233;ress&#233; &#224; l'Evangile de Jean. Or il n'en &#233;tait rien ; sans avoir lui-m&#234;me &#233;tudi&#233; aussi &#224; fond le probl&#232;me johannique, il notait les points de comparaison que lui avait sugg&#233;r&#233; l'&#233;tude des trois premiers &#233;vangiles et il se tenait au courant des travaux des autres ex&#233;g&#232;tes &#224; ce sujet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous vous proposons des extraits d'une conf&#233;rence que l'Abb&#233; Carmignac a prononc&#233; en 1978 dans un monast&#232;re anglais, o&#249; il aimait venir se reposer. Il y indique tr&#232;s nettement quel &#233;tait son point de vue sur les &#233;l&#233;ments de datation du quatri&#232;me Evangile. Il approuve enti&#232;rement celui de J. A. T. Robinson. Ajoutons que ceux qui l'ont connu peuvent t&#233;moigner que jusqu'&#224; sa mort il s'est dit convaincu de la force des arguments du c&#233;l&#232;bre ex&#233;g&#232;te anglais.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. Demanche&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je vous ai d&#233;j&#224; pr&#233;sent&#233; Robinson qui &#233;tait &#233;v&#234;que auxiliaire de Londres, qui est maintenant professeur &#224; Cambridge, qui a publi&#233; d'abord un livre &#034;Honest to God&#034; qui a fait scandale, l'a m&#234;me oblig&#233; &#224; donner sa d&#233;mission d'&#233;v&#234;que, parce que l'ouvrage &#233;tait consid&#233;r&#233; comme &#233;tant, si on peut dire, d'extr&#234;me gauche. Et cet homme-l&#224; qui, voulant prouver que le Nouveau testament est de date r&#233;cente, est lui- m&#234;me tellement pris par les arguments qu'il d&#233;couvre, qu'il aboutit &#224; la conclusion oppos&#233;e. Et maintenant tout le monde le prend pour d'extr&#234;me droite ! (lui-m&#234;me m'a &#233;crit la phrase suivante : je suis &#233;tonn&#233; combien je trouve de nouveaux amis !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la date du Nouveau Testament est capital, et pas seulement de la date des Evangiles, mais de tout le Nouveau Testament et de chacun des &#233;crits du Nouveau Testament, parce que, selon la date que l'on d&#233;duit de nos arguments, ou bien les Evangiles sont un t&#233;moignage sur la vie de J&#233;sus, ou bien ce sera simplement une cat&#233;ch&#232;se sur la vie de J&#233;sus, ou bien encore ce sera une expression de la foi des communaut&#233;s primitives. Mais forc&#233;ment, ce sera &#224; des dates diff&#233;rentes ; pour que ce soit l'expression de la foi des communaut&#233;s primitives il faut d&#233;j&#224; que les communaut&#233;s aient pu se former, qu'il y ait d&#233;j&#224; eu une certaine expansion du christianisme, donc qu'on soit &#224; une date relativement r&#233;cente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Arguments fournis par comparaison avec les &#233;v&#233;nements contemporains :&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Apocalypse 17, 9-I0, on vous parle du 6&#232; roi de Rome. Les rois de Rome sont faciles &#224; calculer : 1er : C&#233;sar, et 6&#232; : N&#233;ron, et N&#233;ron a r&#233;gn&#233; de 54 &#224; 68. Ce passage de l'Apocalypse vous dit en parlant d'une ville o&#249; il y a sept collines - c'est clair que c'est Rome - et une ville o&#249; l'on parle de sept rois (mais le chiffre sept &#233;videmment... il y a sept collines et il y a autant de rois). Sur les sept rois on vous dit. : 5 ont d&#233;j&#224; r&#233;gn&#233;, c'est tous ceux-l&#224;, jusqu'&#224; Claude inclusivement ; il y a un autre qui r&#232;gne et puis il en viendra apr&#232;s ; eh bien, apr&#232;s N&#233;ron il y a eu Galba, etc. Donc l'Apocalypse dit elle-m&#234;me qu'elle a &#233;t&#233; &#233;crite entre 54 et 68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces arguments-l&#224; sont des choses s&#233;rieuses puisque nous connaissons par l'histoire profane la date des &#233;v&#233;nements qui sont racont&#233;s. Mais surtout Robinson insiste sur deux arguments que, je le reconnais &#224; ma honte, je ne connaissais pas et je suis tout honteux de ne pas les avoir trouv&#233;s tellement ils sont clairs ! Ils me paraissent absolument convaincants et je ne vois pas ce que l'on pourrait objecter pour r&#233;futer ces deux arguments-l&#224;. Je vous les donne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier, c'est la diff&#233;rence qu'il y a dans la mentalit&#233; juive entre la prise de J&#233;rusalem et la destruction du Temple. Nous qui sommes des occidentaux, nous parlons toujours de la destruction de J&#233;rusalem et du contrecoup que cela a d&#251; avoir dans la pi&#233;t&#233; juive ; oui, c'est vrai, mais J&#233;rusalem avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; prise par les Romains en 63 avant J&#233;sus-Christ, et cela n'avait pas fait de drame : pour les Juifs, ce n'est pas la prise de J&#233;rusalem, c'est la destruction du Temple - et le Temple a &#233;t&#233; d&#233;truit le 29 ao&#251;t 70. Nous avons des pr&#233;cisions extraordinaires sur la destruction du Temple, par Flavius Jos&#232;phe, nous avons m&#234;me le nom des g&#233;n&#233;raux et ce qu'ils ont vot&#233; au Conseil de guerre qui a pr&#233;c&#233;d&#233;. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Juifs, depuis ce jour-l&#224;, ils ne peuvent plus pratiquer leur religion, ils ne peuvent plus manger la P&#226;que - l'agneau doit &#234;tre immol&#233; au Temple ; il n'y a plus de Grand-Pr&#234;tre. Ce sont des choses que nous avons du mal &#224; comprendre mais si vous vous remettez dans la mentalit&#233; juive, le 29 ao&#251;t 70 est une cassure totale dans la vie du peuple juif. Jusque l&#224;, il a sa religion qui remonte &#224; Mo&#239;se et qui a &#233;t&#233; v&#233;cue, plus ou moins bien, mais qui a &#233;t&#233; v&#233;cue jusqu'au 29 ao&#251;t 70. A partir de l&#224;, la religion juive est devenue impossible &#224; pratiquer et tout ce qui &#233;tait centr&#233; sur les sacrifices, etc., tout cela n'existe plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on pense &#224; cela, on se rend compte du contrecoup &#233;norme que cela a d&#251; &#234;tre pour les Juifs ; alors que nous nous pensons &#224; la destruction politique de J&#233;rusalem, eux pensent surtout &#224; la destruction du Temple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que nous dit le Nouveau Testament sur la prise du Temple ? Nous avons un petit texte dans Marc 13, I-4 : &#034;Comme J&#233;sus sortait du Temple, un de ses disciples lui dit : &#034;Ma&#238;tre, regarde quelles pierres, quelles constructions !&#034; Mais J&#233;sus lui dit : &#034;Tu vois ces grandes constructions ? Il n'en restera pas pierre sur pierre, tout sera d&#233;truit.&#034; Et c'est tout, nous n'avons que cela sur la destruction du Temple. Et Matthieu et Luc recopient ce passage-l&#224; tel que, sans y ajouter de variante. Que J&#233;sus ait pr&#233;vu la ruine du Temple, si on croit &#224; sa divinit&#233;, il n'y a pas de probl&#232;me, mais m&#234;me si on ne croit pas &#224; sa divinit&#233;, &#233;tant donn&#233; la situation des Juifs &#224; ce moment-l&#224;, qui voulaient sans cesse se r&#233;volter, J&#233;sus ayant parl&#233; de la destruction de J&#233;rusalem, il &#233;tait logique de penser &#224; la destruction du Temple. En tout cas il y a ces deux mots, sans commentaire, sans rien : si les Evangiles avaient &#233;t&#233; &#233;crits apr&#232;s la destruction du Temple, il aurait d&#251; n&#233;cessairement y avoir un mot pour indiquer que, de fait, cela s'est r&#233;alis&#233;, et cela n'aurait pas d&#251; &#234;tre indiqu&#233; seulement par deux petits mots, cet &#233;v&#233;nement le plus important de la vie du peuple juif, indiqu&#233; par presque rien...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre chose curieuse est qu'il y a quelques passages du Nouveau Testament o&#249; l'on vous parle du Temple comme existant toujours. Par exemple dans H&#233;breux, chapitre 9, 6-7 : &#034;Tout &#233;tant ici dispos&#233;, les pr&#234;tres entrent en tous temps dans la premi&#232;re tente pour s'acquitter du service cultuel, dans la seconde au contraire, seul le Grand-Pr&#234;tre p&#233;n&#232;tre, et une seule fois par an... &#034; c'est impensable qu'on &#233;crive cela quand le Temple n'existe plus et que le Grand-Pr&#234;tre ne peut plus y p&#233;n&#233;trer. De m&#234;me dans H&#233;breux 10, 1-3 : &#034;...L'on offre perp&#233;tuellement d'ann&#233;e en ann&#233;e (...) autrement n'aurait-on pas cess&#233; de les offrir ?&#034;... Donc, c'est qu'on n'a pas cess&#233; de les offrir, par cons&#233;quent l'&#233;p&#238;tre aux H&#233;breux est &#233;crite avant la destruction du Temple, d'ailleurs la TOB le dit aussi, autrement cela ne peut plus se comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyez cet argument-l&#224; : s'il y avait une partie du Nouveau Testament qui soit post&#233;rieure &#224; 70 elle devrait normalement nous avoir parl&#233; de la destruction du Temple, et surtout les Evangiles &#224; l'endroit o&#249; ils font allusion &#224; la destruction du Temple. Un autre qui aurait d&#251; en parler aussi, c'est saint Jean, car toutes ses pol&#233;miques contre les juifs... si la religion juive &#233;tait devenue impossible, c'&#233;tait facile de mettre un mot pour l'indiquer, mais rien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me argument qui me para&#238;t encore plus fort : c'est la diff&#233;rence qu'il y a entre un pa&#239;en et un juif qui se convertissent au christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Envisageons la situation d'un pa&#239;en qui se convertit au christianisme, il faut d'abord qu'il croie &#224; l'existence de Dieu, car les Grecs, les pa&#239;ens grecs, ne croient pas en l'existence de Dieu, ils croient &#224; l'existence de &#171; dieux &#187;, qui sont des divinit&#233;s mais ce n'est pas un Dieu personnel, et pratiquement, en dehors du peuple juif, personne dans le monde pa&#239;en de ce temps-l&#224; ne croit &#224; l'existence de Dieu comme Dieu unique. Deuxi&#232;mement il faut croire que Dieu est un Cr&#233;ateur et la notion de cr&#233;ation est une notion totalement inconnue en dehors du juda&#239;sme. Savez-vous l'une des phrases les plus importantes de la pens&#233;e depuis que le monde est monde ? C'est celle-ci : &#171; Au d&#233;but, Dieu cr&#233;a le ciel et la terre &#187;. Rien que cette phrase-l&#224;, cela change absolument tout...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc admettre que Dieu existe, que Dieu est Cr&#233;ateur ; il faut admettre que Dieu a parl&#233; dans l'Ancien Testament, il faut admettre l'inspiration des Ecritures, et dans le Nouveau Testament &#224; chaque instant on se reporte &#224; l'Ancien qu'on consid&#232;re comme parole de Dieu, il faut admettre que Dieu a parl&#233; dans l'Ancien Testament, il faut admettre l'inspiration des Ecritures, il faut admettre que Dieu a voulu sauver son peuple et qu'il a promis un Messie &#8211; ce qui est dans les Ecritures, mais qui n'est pas connu dans le monde pa&#239;en &#8211; il faut ensuite admettre que ce messie est J&#233;sus, et que J&#233;sus est Fils de Dieu. Il faut donc ces six choses pour qu'un pa&#239;en devienne chr&#233;tien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que si c'est un Juif qui devient chr&#233;tien : l'existence de Dieu, il la conna&#238;t, pas besoin d'en parler, la Cr&#233;ation, il la conna&#238;t, pas besoin d'en parler, l'inspiration des Ecritures, la promesse d'un Messie, la m&#234;me chose. Il n'y a que deux choses sur lesquelles il faut compl&#233;ter la pens&#233;e d'un Juif : l'amener &#224; comprendre que le Messie, c'est J&#233;sus, et que J&#233;sus est le Fils de Dieu. Un Juif qui devient chr&#233;tien n'a que ces deux choses-l&#224; &#224; ajouter &#224; sa foi, tandis qu'un pa&#239;en a toutes les autres. Or dans tout le Nouveau Testament qu'est-ce que nous trouvons ? Il n'y a aucun texte qui essaye de prouver l'existence de Dieu, aucun texte (sauf un dont je vous parlerai tout &#224; l'heure) qui parle de la cr&#233;ation et qui d&#233;montre que Dieu est Cr&#233;ateur, aucun texte qui parle de l'inspiration de l'Ecriture, au contraire on la suppose toujours, aucun texte qui pr&#233;sente la promesse du Messie. Mais dans le Nouveau Testament, ce que nous voyons souvent : le Messie c'est J&#233;sus, et J&#233;sus est Fils de Dieu &#8211; les deux derniers points nous les voyons couramment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une seule exception dans le Nouveau Testament o&#249; l'on trouve ces th&#232;mes-l&#224; abord&#233;s : le discours de saint Paul &#224; l'ar&#233;opage [&#224; Ath&#232;nes] o&#249; il parlait &#224; des pa&#239;ens. Saint Paul, parlant &#224; des pa&#239;ens, tout de suite parle de l'existence de Dieu, de la cr&#233;ation - de l'inspiration de l'Ecriture, non : mais de Dieu qui doit envoyer un sauveur &#8211; ces th&#232;mes- l&#224; qui sont totalement inconnus de la pens&#233;e grecque, pour qu'un Grec soit chr&#233;tien, il faut les lui pr&#233;senter. La seule fois o&#249; saint Paul parle devant un auditoire purement grec, purement pa&#239;en, il aborde tout de suite ces th&#232;mes-l&#224; mais jamais ailleurs on ne les aborde dans le Nouveau Testament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela suppose donc que ceux qui ont &#233;crit le Nouveau Testament, quand ils &#233;crivaient, envisageaient comme destinataires de leurs &#233;crits, uniquement des Juifs ou des pros&#233;lytes &#8211; pa&#239;ens d&#233;j&#224; assum&#233;s dans le juda&#239;sme &#8211; qui parlaient grec mais avaient d&#233;j&#224; la foi juive. Si les auteurs du Nouveau Testament avaient &#233;crit &#224; des destinataires dont au moins une partie &#233;taient des Grecs encore pa&#239;ens, il fallait absolument aborder cela. Or c'est en 70 lors de la prise de J&#233;rusalem et de la destruction du Temple, qu'il y a eu le clivage d&#233;cisif dans la vie de la communaut&#233; juive. Jusqu'en 70 il y a eu d'importantes communaut&#233;s juives en Palestine, elles rayonnaient un peu partout, tandis qu'&#224; partir de 70 elles sont d&#233;truites et donc &#224; partir de 70 il n'est pas pensable que l'on &#233;crive longuement, et tout le Nouveau Testament, sans faire allusion aux pa&#239;ens. Nous, nous voyons l'aspect missionnaire du Nouveau Testament, oui, mais missionnaire aupr&#232;s des Juifs ou des pa&#239;ens d&#233;j&#224; juda&#239;s&#233;s, en fait on ne pense pas encore &#8211; on ne nie pas bien s&#251;r,- mais on ne pense pas encore que ces textes pourront &#234;tre lus par des Grecs pa&#239;ens et qu'il faudrait essayer de les convertir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car parmi les membres de l'Eglise primitive vous avez trois cat&#233;gories : premi&#232;rement ceux qui vivent en Palestine et qui parlent h&#233;breu (ou une langue s&#233;mitique, aram&#233;en, peu importe), deuxi&#232;mement, ceux qui vivent en Palestine et qui parlent grec (il pouvait y en avoir en Palestine, par exemple il y avait la synagogue des Affranchis et des Cyr&#233;n&#233;ens dont on parle dans les Actes), et puis tous ceux qui vivent en dehors de la Palestine et qui parlent grec, mais qui sont juifs. Dans toutes les communaut&#233;s auxquelles saint Paul s'adresse, il s'adresse toujours &#224; une communaut&#233; essentiellement juive ou form&#233;e de pa&#239;ens d&#233;j&#224; devenus pros&#233;lytes. La communaut&#233; de Rome &#224; laquelle il &#233;crit et la fa&#231;on dont il se pr&#233;sente &#224; elle comme nous le verrons dans le Livre des Actes des Ap&#244;tres, les communaut&#233;s de Corinthe et d'ailleurs, sont toutes des communaut&#233;s semblables, donc quand saint Paul &#233;crit, quand les Evang&#233;listes &#233;crivent, quand tout le Nouveau testament est &#233;crit, le tournant de 70 n'a pas encore &#233;t&#233; pris et Robinson conclut : tout le Nouveau Testament est n&#233;cessairement ant&#233;rieur &#224; l'ann&#233;e 70, on ne peut admettre aucune partie du Nouveau Testament post&#233;rieure &#224; 70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai commenc&#233; &#224; lire Robinson, je me disais : oui, c'est tr&#232;s joli tout &#231;a, mais pour nous faire croire que le quatri&#232;me Evangile a &#233;t&#233; &#233;crit avant 70, &#231;a ne va pas &#234;tre facile, je t'attends-l&#224; ! Or l'argument de Robinson est tr&#232;s simple, il nous dit : les anciens P&#232;res de l'Eglise qui nous parlent du quatri&#232;me Evangile, c'est Ir&#233;n&#233;e vers 180, le fragment de Muratori dont on ne sait pas la date, mais &#224; la fin du Ii&#232;me si&#232;cle, Cl&#233;ment d'Alexandrie vers 210, Eus&#232;be de C&#233;sar&#233;e vers 325 et J&#233;r&#244;me vers 400. Ils nous disent deux choses : premi&#232;rement le quatri&#232;me Evangile a &#233;t&#233; compos&#233; par Jean l'Ap&#244;tre, deuxi&#232;mement Jean l'Ap&#244;tre est mort vieux &#8211; mais ils ne disent pas que c'est dans sa vieillesse qu'il a compos&#233; le quatri&#232;me Evangile ! Et cela, ce n'a &#233;t&#233; invent&#233; que par Epiphane, le plus ancien auteur qui dise que le quatri&#232;me Evangile a &#233;t&#233; compos&#233; &#224; la fin de la vie de saint Jean &#8211; il &#233;crit en 375 &#8211; mais les auteurs pr&#233;c&#233;dents disent : saint Jean a compos&#233; le quatri&#232;me Evangile, il est mort vieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'avais pas remarqu&#233; cela, vous voyez comme on se fait facilement illusionner !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on reprend les arguments que nous avons vus tout &#224; l'heure pour saint Jean : son Evangile est rempli de pol&#233;miques contre les Juifs, pas une seule allusion &#224; la destruction ni &#224; la ruine du Temple. Alors Robinson conclut : il n'est pas vraisemblable que le quatri&#232;me Evangile ait &#233;t&#233; &#233;crit apr&#232;s 70, il a m&#234;me d&#251; &#234;tre &#233;crit un peu avant. Lui le place aux environs de 65 en disant : l'horizon historique qui correspond au quatri&#232;me Evangile, c'est celui de l'ann&#233;e 65. Et de fait, en y r&#233;fl&#233;chissant bien, je ne vois pas comment le quatri&#232;me Evangile pourrait avoir &#233;t&#233; &#233;crit apr&#232;s la destruction du Temple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre argument pour corroborer ce que dit Robinson sur l'antiquit&#233; de saint Jean : depuis quelques ann&#233;es on a d&#233;couvert un fragment de manuscrit qui contient un texte de saint Jean et qui date des ann&#233;es 120-130 et la datation des manuscrits par la pal&#233;ographie, l'&#233;tude de l'&#233;volution de l'&#233;criture, est vraiment scientifique, &#224; quelques ann&#233;es pr&#232;s bien s&#251;r. Mais les savants comp&#233;tents, les pal&#233;ographes de m&#233;tier, datent ce fragment de manuscrit de saint Jean entre 120 et 130. Il faut bien supposer une certaine distance. Cela n'est pas un argument d&#233;finitif, mais un &#8220;confirmatur&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai eu fini de lire &#231;a, j'ai &#233;t&#233; convaincu et j'ai &#233;crit &#224; Robinson pour lui dire qu'il m'avait convaincu !&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;width:100%;text-align:right&#034;&gt;Jean Carmignac&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Conf&#233;rence de Cambrai</title>
		<link>https://www.abbe-carmignac.org/?Conference-de-Cambrai</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.abbe-carmignac.org/?Conference-de-Cambrai</guid>
		<dc:date>1999-11-16T09:04:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>&lt;p&gt;Jean Carmignac - Bulletin n&#176; 4&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.abbe-carmignac.org/?-Textes-de-Jean-Carmignac-" rel="directory"&gt;Jean Carmignac&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous avons obtenu simultan&#233;ment, gr&#226;ce &#224; Mademoiselle Ducatillon, le texte d'une conf&#233;rence in&#233;dite de l'abb&#233; Carmignac tap&#233; par les soins de son fr&#232;re aujourd'hui disparu et annot&#233; par elle-m&#234;me, et gr&#226;ce &#224; Monsieur et Madame de Quillacq, la cassette enregistr&#233;e de cette m&#234;me conf&#233;rence. Madame de Raymond a imm&#233;diatement mis par &#233;crit son contenu avec une diligence extr&#234;me. Si bien que par l'obligeance conjugu&#233;e de plusieurs de nos adh&#233;rents nous avons obtenu deux versions de cette causerie. Mademoiselle Demanche a pris soin de la r&#233;daction finale. Elle a voulu garder le ton familier du langage parl&#233; de l'abb&#233; Carmignac que vous retrouverez ci-dessous. H&#233;las le texte est trop long pour &#234;tre publi&#233; en une seule fois. Vous trouverez ci-apr&#232;s le d&#233;but de la conf&#233;rence qui nous a paru essentiel puisqu'il d&#233;montre l'attachement qu'avait celui de qui notre association tient son nom pour ce qui est capital pour celle-ci : l'historicit&#233; absolue des Evangiles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;onglets_bloc_initial&#034;&gt;&lt;div class=&#034;onglets_contenu&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;cs_onglet&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#&#034;&gt;Partie 1&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;&lt;div&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;vangiles sont-ils des ouvrages historiques auxquels nous puissions faire confiance, pleinement confiance, et donc qui nous permettent d'avoir un t&#233;moignage direct sur J&#233;sus ? Voil&#224; le probl&#232;me tel qu'il se pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je n'ai pas besoin de vous dire la fa&#231;on dont on le r&#233;sout trop souvent, &#224; la suite surtout de l'ex&#233;g&#232;te allemand Bultmann. J'aurais beaucoup de choses &#224; vous dire sur ce sujet-l&#224;, mais cela n'entre pas dans la causerie, ne nous orientons pas dans ce sens-l&#224;. Simplement &#231;a vous explique que beaucoup de gens ont actuellement sur les Evangiles une vue qui les d&#233;value consid&#233;rablement, pour lesquels &lt;strong&gt;les Evangiles&lt;/strong&gt; ne sont que peut-&#234;tre un peu historiques, pas plus que cela, alors que pour moi &lt;strong&gt;je consid&#232;re qu'ils sont au contraire extr&#234;mement historiques&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce qui a chang&#233; mes pens&#233;es l&#224;-dessus c'est mon travail sur les manuscrits de la mer Morte depuis 25 ans. Il n'y a rien dans le Nouveau Testament que je voie maintenant comme je le voyais il y a 25 ans et cela &#224; cause de &lt;strong&gt;l'&#233;tude des manuscrits de la Mer Morte&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ces manuscrits-l&#224;, je peux vous dire longuement en quoi ils consistent. Il y avait une communaut&#233; de gens qui essayaient d'appliquer au sens strict la Loi de Moise, appelons-les Ess&#233;niens ou les gens de Qumr&#226;n, peu importe. Ils habitaient pr&#232;s de la Mer Morte et ils avaient une biblioth&#232;que&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis la date de cette conf&#233;rence 1986, la recherche s'est orient&#233;e vers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; consid&#233;rable. A l'arriv&#233;e des Romains, le 21 juin 68 apr&#232;s J&#233;sus-Christ, ils ont cach&#233; leur biblioth&#232;que et nous la retrouvons maintenant, et nous avons actuellement entre les mains 500 manuscrits&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1997 on avait rep&#233;r&#233; au moins 800 manuscrits diff&#233;rents, mais qui ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui datent de cette &#233;poque-l&#224; et qui sont contemporains du Christ et m&#234;me un peu ant&#233;rieurs au Christ. Certains sont des copies de l'Ancien Testament, mais alors cela nous permet d'am&#233;liorer d'une fa&#231;on consid&#233;rable le texte de l'Ancien Testament. Il y aurait-l&#224; tout un expos&#233; &#224; faire. Je n'ai pas le temps de m'engager dans cette direction-l&#224;. Mais il y a aussi &#224; peu pr&#232;s les deux tiers de ces manuscrits-l&#224; qui sont des manuscrits disons non bibliques, qui sont des manuscrits tous religieux, compos&#233;s par des gens de cette communaut&#233;-l&#224;, ou bien utilis&#233;s ou lus dans la communaut&#233; et qui nous renseignent d'une fa&#231;on extr&#234;mement pr&#233;cise sur la mentalit&#233; de la Palestine au temps de J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il se trouve que, &lt;strong&gt;gr&#226;ce &#224; ces manuscrits-l&#224;&lt;/strong&gt;, maintenant, &lt;strong&gt;de toute l'Antiquit&#233;, la r&#233;gion que nous connaissons le mieux, c'est la Palestine au temps de J&#233;sus&lt;/strong&gt;. Car nous avons 500 manuscrits qui n'ont &#233;t&#233; touch&#233;s par personne entre 68 et maintenant et qui ont &#233;t&#233; conserv&#233;s. &#201;videmment ils sont souvent dans un &#233;tat lamentable, il faut raccommoder des petits bouts, ce n'est pas toujours facile &#224; interpr&#233;ter. Mais en fait, il y a quand m&#234;me certains textes importants qui nous permettent de progresser consid&#233;rablement dans la connaissance du milieu o&#249; a v&#233;cu J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;On trouve un tas de d&#233;tails concrets qui v&#233;rifient les moindres d&#233;tails des Evangiles, et, alors, plus une chose est en apparence sans importance, plus il est important pour nous que nous en&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;trouvions la v&#233;rification : un faussaire n'aurait pas pens&#233; &#224; ins&#233;rer &#231;a dans son texte : des choses sans importance.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je ne peux pas vous d&#233;crire davantage les manuscrits de la Mer Morte, mais j'en arrive aux conclusions qu'ils ont eues pour moi sur l'&#233;tude de la valeur historique et du substrat h&#233;breu des &#201;vangiles. J'ai commenc&#233; &#224; travailler les manuscrits de la Mer Morte il y a 25 ans, mais &lt;strong&gt;depuis 15 ans je travaille &#224; l'&#233;tude du substrat h&#233;breu des Evangiles, c'est-&#224;-dire le texte primitif h&#233;breu qui a exist&#233; par derri&#232;re nos Evangiles actuels -&lt;/strong&gt; soit le texte primitif de l'Evangile qui par la suite a &#233;t&#233; traduit en grec, soit un ensemble de documents qui ont &#233;t&#233; utilis&#233;s par le r&#233;dacteur des Evangiles - et &lt;strong&gt;je pr&#233;vois pour cela un travail en huit volumes&lt;/strong&gt; : voyez donc que ce sera consid&#233;rable. Il faudrait encore trente ans de jeunesse pour pouvoir &#233;crire les huit volumes ; je ne sais pas si j'aurai les trente ans de jeunesse, mais ce que je voudrais au moins c'est avoir un successeur. Or depuis quinze ans je cherche en vain un successeur, quelqu'un auquel je puisse l&#233;guer tous mes documents, tout mon travail et qui puisse continuer apr&#232;s moi. Si vous voulez &lt;strong&gt;prier le Seigneur pour que je puisse un jour ou l'autre trouver un successeur avant de dispara&#238;tre, pour que mon travail ne soit pas inutile&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et alors la premi&#232;re cons&#233;quence de l'&#233;tude de ces manuscrits de la Mer Morte a &#233;t&#233; de nous faire &lt;strong&gt;conna&#238;tre la langue h&#233;bra&#239;que&lt;/strong&gt; telle qu'elle &#233;tait utilis&#233;e au temps de J&#233;sus et d'abord de &lt;strong&gt;nous faire conna&#238;tre qu'on l'utilisait&lt;/strong&gt;, car jusqu'&#224; pr&#233;sent, et moi aussi quand j'&#233;tais jeune, j'avais cru qu'au temps de J&#233;sus on ne parlait qu'aram&#233;en, et donc que les documents primitifs derri&#232;re les Evangiles devaient n&#233;cessairement &#234;tre en aram&#233;en. &lt;strong&gt;A Qumr&#226;n les manuscrits sont presque tous en h&#233;breu&lt;/strong&gt; et nous avons m&#234;me des lettres, de la correspondance, que les gens s'&#233;crivaient entre eux. &lt;strong&gt;Les lettres sont toutes en h&#233;breu&lt;/strong&gt;. Cela nous montre donc que l'h&#233;breu &#233;tait une langue tr&#232;s connue dans ce temps-l&#224;, c'&#233;tait la langue sacr&#233;e, donc que les gens employaient pour toutes les choses s&#233;rieuses. Si vous voulez la situation de l'h&#233;breu et de l'aram&#233;en &#233;tait un petit peu la m&#234;me que dans le midi de la France entre le proven&#231;al ou le catalan et le fran&#231;ais. Les gens de ces pays parlaient toujours entre eux le proven&#231;al ou le catalan, mais tous savaient le fran&#231;ais, et d&#232;s qu'il s'agit d'un acte officiel ils emploient le fran&#231;ais. Et au temps de J&#233;sus l'h&#233;breu &#233;tait &#233;videmment consid&#233;r&#233; comme la langue sacr&#233;e, la langue de la Bible, la langue des proph&#232;tes, et comme J&#233;sus se pr&#233;sentait comme le proph&#232;te de Nazareth (il &#233;tait plus que proph&#232;te, mais aussi proph&#232;te), il &#233;tait normal que pour &#233;crire les t&#233;moignages que l'on avait sur lui on emploie la langue des proph&#232;tes, donc il est tout naturel que pour les &#201;vangiles on ait utilis&#233; l'h&#233;breu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et alors la premi&#232;re partie de mon travail est surtout sur le plan philologique : c'est essayer d'&#233;tudier les mots m&#234;mes des Evangiles et de voir ce qu'il y a derri&#232;re le texte grec que nous avons maintenant des Evangiles, et pour cela &lt;strong&gt;j'ai retraduit en h&#233;breu de Qumr&#226;n tout l'Evangile de Saint Marc&lt;/strong&gt;. Il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; traduit plusieurs fois en h&#233;breu, mais jamais en h&#233;breu de Qumr&#226;n puisque nous ne le connaissions pas. &lt;strong&gt;J'ai retraduit &#233;galement des passages parall&#232;les de Matthieu et Luc de fa&#231;on &#224; en faire la comparaison&lt;/strong&gt;. Et c'est ce travail-l&#224; que je voudrais perfectionner avant de pouvoir le publier. Il me donne &#224; peu pr&#232;s deux cents arguments ; &#233;videmment chacun n'est pas d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais &lt;strong&gt;deux cents arguments qui se renforcent, &#231;a fait un argument de convergence qu'il est difficile d'&#233;liminer. &lt;/strong&gt;A peu pr&#232;s &lt;strong&gt;deux cents arguments pour montrer que Saint Marc a &#233;t&#233; &#233;crit primitivement en h&#233;breu&lt;/strong&gt;. Et alors je vais vous donner quelques-uns uns de ces arguments-l&#224; pour montrer que Saint Marc a &#233;t&#233; &#233;crit primitivement en h&#233;breu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;onglets_contenu&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;cs_onglet&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#&#034;&gt;Partie 2&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;&lt;div&gt;
&lt;p&gt;&#8230;A peu pr&#232;s deux cents arguments pour montrer que Saint Marc a &#233;t&#233; &#233;crit primitivement en h&#233;breu. &lt;br class='autobr' /&gt; Je vais vous donner quelques-uns de ces arguments-l&#224; pour montrer que Saint Marc a &#233;t&#233; &#233;crit primitivement en h&#233;breu. Je ne peux vous demander que de me faire confiance et je vous indiquerai uniquement les grandes lignes de l'argumentation si vous voulez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vous savez qu'en h&#233;breu, comme en arab, on n'&#233;crit que les consonnes, on n'&#233;crit pas les voyelles et donc quand vous lisez un mot, c'est au lecteur de deviner les voyelles : si vous voulez en fran&#231;ais, si vous &#233;crivez M S N, vous pourrez dire : maison, moisson, mission, et encore bien d'autres mots. Il faut tout deviner comme cela. Evidemment la langue s'y pr&#234;te mieux que le fran&#231;ais bien s&#251;r, mais enfin ! Or il se trouve qu'il y a dans le texte des Evangiles en grec un certain nombre de passages qui s'&#233;clairent si on suppose dans le substrat h&#233;breu une autre vocalisation. Cela suppose donc que l'auteur en &#233;crivant son texte supposait qu'on vocaliserait de telle fa&#231;on. Mais le lecteur s'est tromp&#233;, il a vocalis&#233; autrement et, vocalisant autrement, comprenant autrement, il a traduit d'une fa&#231;on diff&#233;rente. Evidemment cela ne peut se savoir que si on retraduit en h&#233;breu. Je vais vous en donner quelques exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il y a d'abord dans St Marc, chapitre IV verset 19 : c'est la parabole de la semence. J&#233;sus dit : &#171; une partie de la semence tombe dans les &#233;pines, et les &#233;pines ce sont ceux pour qui l'attrait de la richesse, les soucis du si&#232;cle, et puis les d&#233;sirs au sujet du reste&#8230; &#187; Evidemment dans la traduction vous ne voyez pas &#231;a, tout cela parce que les traducteurs &#233;dulcorent un petit peu pour donner un semblant de sens &#8211; mais qui &#233;touffe &#8211; mais qu'est-ce que cela peut &#234;tre : &#171; les d&#233;sirs au sujet du reste &#187; ? Qu'est-ce que cela veut dire ? Que ce soit l'orgueil, que ce soit l'amour de l'argent qui &#233;touffe la parole de Dieu d'accord, mais les d&#233;sirs au sujet du reste &#8230; ? Or si vous reprenez le substrat h&#233;breu, &#171; le reste &#187; en h&#233;breu se dit : shear. Mais il suffirait que vous vocalisiez autrement, que vous vocalisiez sheer, cela veut dire &#171; la chair &#187;. Ce sont les d&#233;sirs de la chair : ce sont les trois concupiscences : l'orgueil, l'argent et les d&#233;sirs de la chair. C'est cela qui &#233;touffe la parole de Dieu dans les &#226;mes.&lt;br class='autobr' /&gt; Donc on acquiert un sens limpide et clair - au lieu d'un sens qui n'est pas faux bien s&#251;r, mais qui est un peu bizarre - si on suppose que le texte sous-jacent &#233;tait un texte en h&#233;breu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Autre passage dans Saint Marc, chapitre V verset 13, dans l'&#233;pisode assez curieux o&#249; J&#233;sus gu&#233;rit un poss&#233;d&#233; habit&#233; par une l&#233;gion de d&#233;mons ; et les d&#233;mons demandent &#224; aller dans les porcs, dans un troupeau de porcs qui &#233;taient l&#224;, et les porcs vont se jeter &#224; l'eau, et le texte nous dit qu'il y avait environ deux mille porcs. Alors avez-vous vu d&#233;j&#224; un troupeau de deux mille cochons ?&#8230; Moi pas. Dans les troupeaux que j'ai vus, il y en avait vingt ou trente, pas plus, et c'est difficile de faire la paix entre les cochons. Vous savez ceux-l&#224; se battent toujours. Et ensuite pour nourrir deux mille cochons, vous vous rendez compte de ce que cela suppose&#8230; et l&#224;, on est dans une r&#233;gion sub-d&#233;sertique, dans le Golan actuel. Cela para&#238;t invraisemblable. Or si vous retraduisez en h&#233;breu, &#171; environ 2000 &#187; se dit kealpaim, mais si vous vocalisez autrement kealapim (&#231;a fait les m&#234;mes consonnes), cela veut dire simplement &#171; par bandes &#187;. Alors au lieu de dire : &#171; il y a eu deux mille cochons qui sont all&#233;s se jeter dans le lac &#187;, ce qui est tout de m&#234;me tr&#232;s difficile &#224; admettre, il faut simplement dire : &#171; les cochons sont all&#233;s dans le lac par bandes &#187;. Il n'y avait donc pas un troupeau important mais ce qu'il faut pour faire deux ou trois bandes et c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un autre passage, dans Saint Marc, chapitre IX verset 49, il y a le texte suivant : &#171; Tout sera sal&#233; par le feu. &#187; C'est tout de m&#234;me une chose assez curieuse : tout sera sal&#233; par le feu. Or on a trouv&#233; &#224; Qumr&#226;n une chose que l'on n'avait pas remarqu&#233;e auparavant, c'est que le m&#234;me verbe qui veut dire &#171; saler &#187;, malakh, peut aussi signifier &#171; volatiliser &#187; en vocalisant d'une fa&#231;on diff&#233;rente. Si bien que le sens est : &#171; Tout sera volatilis&#233; par le feu &#187;. On obtient, vous le voyez, un sens beaucoup plus simple et plus courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De m&#234;me dans Saint Luc, chapitre I versets 70-71, c'est le Benedictus. Je le lis en latin comme je le sais et vous verrez bien tout de suite le sens du fran&#231;ais. &#171; Sicut locutus est per os sanctorum, qui a saeculo sunt prophetarum ejus : salutem ex inimicis nostris. &#187; &#171; Comme Dieu l'a dit par la bouche des saints, qui sont depuis toujours les proph&#232;tes, le salut depuis nos ennemis &#8230; &#187; - et encore cela c'est l'accusatif, on suppose qu'il est compl&#233;ment d'objet direct du verbe. C'est assez bizarre, parce que est-ce que ce sont des saints qui sont depuis toujours, est-ce que ce sont des proph&#232;tes qui sont depuis toujours&#8230; ? Et puis alors on a un vers qui est beaucoup trop long et puis le suivant qui est beaucoup trop court et qui ne se rapporte &#224; rien. Si on traduit en h&#233;breu, &#231;a vous donne n&#233;cessairement &#8220;lephiqodshe meolam&#8221; mais si vous mettez un point entre laphi et qodshe, vous obtenez la chose suivante : &#171; Comme Dieu a parl&#233; par la bouche de ses saints proph&#232;tes. Depuis toujours est le salut de Dieu pour etc.&#8230; on obtient un sens normal, alors qu'autrement les saints proph&#232;tes depuis toujours et le salut&#8230; (1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Donc voyez ces d&#233;tails-l&#224; n'ont pas pour but de vous faire suspecter la valeur des Evangiles. Vous pouvez remarquer dans ce que j'ai dit, cela n'a aucune cons&#233;quence th&#233;ologique, bien s&#251;r ; mais pour vous montrer qu'il y a de petites am&#233;liorations de d&#233;tail qui sont obtenues si l'on suppose un substrat h&#233;breu. Et si le substrat n'&#233;tait pas h&#233;breu on n'aurait pas ces petites am&#233;liorations-l&#224;. Tout le sens de mon argumentation n'est pas de diminuer la valeur historique des Evangiles, mais de montrer qu'au contraire elle est beaucoup plus grande qu'on ne le pense, mais en remontant &#224; son substrat h&#233;breu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;onglets_contenu&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;cs_onglet&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#&#034;&gt;Partie 3&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;&lt;div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le substrat h&#233;bra&#239;que des &#201;vangiles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais vous citer, en plus de cela, une chose que nous avons d&#233;couverte par les manuscrits de la Mer Morte : c'est que nous connaissons maintenant la graphie de ce temps-l&#224;, nous savons la forme qu'avaient les lettres car l'alphabet h&#233;breu, l'&#233;criture de l'h&#233;breu, a &#233;volu&#233; pas mal. Si vous trouvez un parchemin, ou enfin un acte de vente &#233;crit en France il y a trois cents ans, vous savez ce n'est pas toujours si facile de le lire. De m&#234;me l'&#233;criture de l'h&#233;breu a &#233;volu&#233; comme l'&#233;criture du fran&#231;ais, bien s&#251;r, et nous ne savions pas jusqu'&#224; pr&#233;sent comment on &#233;crivait l'h&#233;breu au temps de J&#233;sus. Maintenant, avec cinq cents manuscrits, nous sommes tr&#232;s bien renseign&#233;s. Et alors nous pouvons voir que de temps en temps il y a un mot qui a pu &#234;tre mal lu, ou lu d'une autre fa&#231;on. Et &#231;a, on ne peut pas s'en &#233;tonner : les savants modernes qui ont des lunettes, qui ont de l'&#233;lectricit&#233; pour s'&#233;clairer, souvent ne lisent pas de la m&#234;me fa&#231;on un m&#234;me texte&#8230; Il y a des quantit&#233;s de textes de Qumr&#226;n, pour lesquels il y a des discussions : l'un lit de cette fa&#231;on-l&#224;, et l'autre lit d'une autre fa&#231;on. Et on peut employer tous les moyens scientifiques qu'on voudra, il y a des passages pour lesquels il y a eu six ou sept &#233;tudes diff&#233;rentes. Alors je vais vous citer un certain nombre de ces passages-l&#224;, &#224; nouveau non pas pour critiquer le texte des Evangiles, mais pour vous montrer qu'il y a un substrat h&#233;breu, et c'est l'existence de ce substrat h&#233;breu qui nous montrera sa valeur historique.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la parabole de la semence (1), dont nous avons parl&#233; tout &#224; l'heure, Saint Marc et Saint Matthieu disent que la bonne semence produit du fruit, &#224; trente pour un, &#224; soixante pour un, et &#224; cent pour un. Bon. Tandis que Saint Luc a expos&#233; que, dans le r&#233;cit de la parabole, la bonne semence porte &#224; cent pour un dans l'explication que J&#233;sus en donne, et apr&#232;s &#231;a donne &#171; et la bonne parole porte du fruit dans la patience &#187;. La patience est une vertu et on ne peut encourager les gens qu'&#224; &#234;tre patients le plus possible, &#231;a il n'y a pas de doute. Seulement c'est un peu curieux. Or il se trouve, si j'avais un tableau je vous montrerais &#231;a, que pour passer de &#171; la patience &#187; &#224; &#171; au centuple &#187;, il n'y a que deux lettres qui se touchent, deux lettres qui, si elles ne se touchent pas tout &#224; fait, &#231;a veut dire &#171; au centuple &#187;. Bon, il se trouvait qu'un trait de plume est all&#233; trop loin, ou on a cru qu'il y allait, alors on a lu un mot au lieu d'un autre. &lt;br class='autobr' /&gt; De m&#234;me dans la parabole du s&#233;nev&#233; (2), J&#233;sus vous dit que la plus petite des graines produit une plante, et on vous dit : qui devient un arbre avec des branches. Or cette plante-l&#224; le P&#232;re Lagrange dit que dans les meilleures conditions elle peut atteindre un m&#232;tre cinquante. Un m&#232;tre cinquante n'est tout de m&#234;me pas &#224; la hauteur d'un arbre avec des branches. Seulement ici il n'y a pas de probl&#232;me pour retraduire. C'est une citation d'Ez&#233;chiel : par cons&#233;quent on peut traduire &#224; coup s&#251;r. Or, produire des branches, &#231;a veut dire une plante qui a des rameaux, disons un petit peu comme un plan de tomates, si vous voulez, qui a des rameaux o&#249; les oiseaux peuvent venir se poser. Avoir des branches, en h&#233;breu c'est anaph, tandis que devenir un arbre c'est etz. Mais si dans anaph le &#171; nun &#187; et le &#171; p&#233; &#187; se touchent &#231;a fait un &#171; tsad&#233; &#187; (lettre finale de etz), si bien que si les deux lettres se touchent &#231;a fait &#171; devient un arbre &#187;, si les deux lettres ne se touchent pas, &#231;a veut dire &#171; produit des branches &#187;. Puis encore d'autres textes comme cela, je n'insiste pas, c'est des choses un peu trop techniques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;onglets_contenu&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;cs_onglet&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#&#034;&gt;Partie 4&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;&lt;div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mathieu, Marc et les documents utilis&#233;s par Luc, &#224; l'origine en h&#233;breux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre passage &#233;galement &#224; propos de la multiplication des pains : apr&#232;s le miracle d'apr&#232;s Marc et Matthieu, les ap&#244;tres disent &#224; J&#233;sus : &#171; Cong&#233;die-les pour qu'ils ach&#232;tent de la nourriture. &#187; Mais d'apr&#232;s Luc, on dit &#224; J&#233;sus : &#171; Cong&#233;die-les pour qu'ils se dispersent. &#187; Remarquez les deux choses sont possibles : il n'y a pas d'erreurs th&#233;ologiques entre l'une et l'autre, bien s&#251;r. Seulement le verbe Shabar en h&#233;breu veut dire &#171; se disperser &#187; et le m&#234;me verbe veut dire &#171; acheter de la nourriture &#187;. C'est donc le m&#234;me verbe. L'un a lu shabar dans le sens &#171; acheter &#187; puis l'autre a lu shabar au sens de &#171; disperser &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#199;a vous &#233;tonne peut-&#234;tre, mais en fran&#231;ais aussi il y a des choses comme &#231;a, pour lesquelles on peut parfaitement se tromper. Si je dis &#171; il a plu &#187;, est-ce que cela vient du verbe plaire ou du verbe pleuvoir ? Il a plu&#8230; Et si je vous dis &#171; son &#187;, est-ce que c'est un bruit ou est-ce que c'est l'oppos&#233; de la farine ? Son, du son, et du son, c'est un bruit, n'est-ce pas ? Vous avez donc le m&#234;me mot dans des sens diff&#233;rents&#8230; Prenez le mot bi&#232;re, mais alors l&#224; qui lui aussi a deux sens diff&#233;rents dans toutes les langues. Il y a un certain nombre de mots comme cela, et donc un traducteur peut se tromper, prendre un sens au lieu de l'autre. Donc je n'insiste pas non plus sur ce point l&#224;, sauf pour un autre d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'Evangile de Saint Marc commence de la fa&#231;on suivante&#8230; &#171; Evangile de J&#233;sus-Christ, fils de Dieu. &#187; Bon, &#231;a c'est le titre. &#171; Comme il est dit dans le Proph&#232;te Isa&#239;e, pr&#233;parez les voies du Seigneur &#187; &#8230; Non&#8230; &#171; La voix de celui qui crie dans le d&#233;sert, pr&#233;parez les voies du Seigneur &#187; etc&#8230;. et ensuite &#171; Jean Baptiste parut dans le d&#233;sert pr&#234;chant l'Evangile &#187; etc&#8230;. Les deux choses sont parfaitement compatibles bien s&#251;r. Bien des ex&#233;g&#232;tes se demandaient : mais enfin QU'EST-CE QUE VIENT FAIRE cette citation, l&#224;, d'Isa&#239;e ? Evidemment un certain nombre proposaient de la supprimer du texte. Or on se rend compte au contraire qu'il y a l&#224; un proc&#233;d&#233; d'explication qui est celui qu'on emploie souvent &#224; Qumr&#226;n. On cite un texte biblique et puis on l'applique aux circonstances pr&#233;sentes en reprenant les m&#234;mes mots. On prend un texte d'Isa&#239;e, peu importe, ou des psaumes, et on vous dit : &#171; et c'est ce qui se r&#233;alise maintenant &#187;, on vous d&#233;crit la situation pr&#233;sente en employant les m&#234;mes mots qu'il y avait dans le texte. Et, pour ce passage-l&#224; de Saint Marc, personne n'a vu qu'il y avait ce syst&#232;me-l&#224;, car en grec &#231;a ne se voit pas, mais c'est &#233;vident si on prend le texte h&#233;breu. Par exemple : &#171; Une voix qui crie dans le d&#233;sert &#187;, on cite le texte sans difficult&#233;, c'est une citation d'Isa&#239;e qol qor&#233; be midbar, une voix qol, criant qor&#233; dans le d&#233;sert. Ensuite, &#171; Jean parut dans le d&#233;sert proclamant l'Evangile, mais &#171; proclamant &#187; en h&#233;breu &#231;a se dit qor&#233; &#233;galement. Donc vous aviez be midbar qor&#233;. On reprend le texte. Et voil&#224; pourquoi le texte d'Isa&#239;e a &#233;t&#233; amen&#233; pour fournir l'occasion d'expliquer la situation de Jean Baptiste par le texte en employant les m&#234;mes mots. &lt;br class='autobr' /&gt; Donc, voyez, je n'insiste pas sur tout cela mais ce que je voudrais pouvoir vous montrer &#224; travers tout cela c'est que l'Evangile de Saint Marc clairement a &#233;t&#233; &#233;crit en h&#233;breu, que l'Evangile de Saint Matthieu lui aussi a &#233;t&#233; &#233;crit en h&#233;breu, que l'Evangile de Saint Luc, lui, n'a pas &#233;t&#233; &#233;crit directement en h&#233;breu, nous le voyons parce que le prologue est en bon grec, mais que cet Evangile de Luc a &#233;t&#233; &#233;crit en grec, &#224; partir de documents h&#233;breux. Luc avait des documents h&#233;breux sur sa table et, soit qu'il les traduise lui-m&#234;me s'il savait l'h&#233;breu, soit qu'il les fasse traduire par quelqu'un autour de lui, peu importe : c'est &#224; partir de ces documents traduits en grec qu'il a compos&#233; son Evangile.&lt;br class='autobr' /&gt; Si bien, vous le voyez, pour l'Evangile, nous aboutissons &#224; un r&#233;sultat compl&#232;tement diff&#233;rent, par le seul fait que nous supposons une origine h&#233;bra&#239;que. Voil&#224; pourquoi : actuellement &#224; peu pr&#232;s tout le monde vous dit : &#171; Oh ! L'Evangile de Marc a d&#251; &#234;tre &#233;crit vers 70, puis l'Evangile de Matthieu et de Luc ont d&#251; &#234;tre &#233;crits entre 80 et 85 par-l&#224;, tant pis, Jean encore apr&#232;s. &#187; Evidemment si on prend cette th&#233;orie-l&#224;, J&#233;sus &#233;tant mort en 30, l'Evangile de Marc est de 40 ans apr&#232;s, Matthieu et Luc sont de 50 ans apr&#232;s. Les souvenirs ont eu le temps &#233;videmment d'&#233;voluer, de fermenter un petit peu. On aboutit &#233;videmment &#224; des choses qui ne sont peut-&#234;tre pas n&#233;cessairement la reproduction exacte des faits. Seulement tout cela tombe &#224; l'eau, tout cela qui d'ailleurs ne repose sur aucun argument, &#231;a j'insiste beaucoup sur le fait : ceux qui datent Marc de 70 n'ont aucun argument pour le faire, ceux qui datent Matthieu et Luc de 80 et 90 n'ont aucun argument pour le faire. Le seul argument qu'ils ont c'est qu'il leur semble n&#233;cessaire que cela soit comme cela pour justifier leur th&#233;orie. Mais ils n'ont qu'un argument subjectif. Cela leur pla&#238;t que ce soit comme cela. Ils n'ont aucun argument scientifique, aucun. Si au contraire ces Evangiles-l&#224; ont &#233;t&#233; &#233;crits, pour Marc et pour Matthieu en h&#233;breu et pour Luc &#224; partir de documents h&#233;breux, cela remonte donc &#224; une p&#233;riode o&#249; la communaut&#233; h&#233;bra&#239;que existait encore. Or si la communaut&#233; h&#233;bra&#239;que a &#233;t&#233; d&#233;truite en 70, par cons&#233;quent cela suppose, si c'est &#233;crit en h&#233;breu, que n&#233;cessairement les trois Evangiles synoptiques sont ant&#233;rieurs &#224; 70 et comme ils ont &#233;t&#233; &#233;crits l'un apr&#232;s l'autre, cela suppose donc que le plus ancien des trois soit assez notablement avant 70. Autre cons&#233;quence, on vous dit souvent - et cela ce sont toutes les th&#233;ories de Bultmann qui empoisonnent l'atmosph&#232;re actuellement - que les Evangiles ne repr&#233;sentent pas exactement des faits, mais qu'ils repr&#233;sentent la foi des communaut&#233;s primitives : Les communaut&#233;s hell&#233;nistiques avaient la foi &#8211; on se demande pourquoi mais enfin &#171; elles avaient la foi &#187; - et cette foi pour la justifier elles avaient tendance &#224; inventer des r&#233;cits, &#224; les attribuer &#224; J&#233;sus, pour montrer que leur foi, &#224; elles, &#233;tait une foi qui reposait sur quelque chose, sur une chose fictive d'ailleurs, mais pour supposer cela. Or cette influence des communaut&#233;s grecques, elle dispara&#238;t compl&#232;tement si l'Evangile est en h&#233;breu. Si les Evangiles sont en h&#233;breu, il est bien clair qu'il n'y a aucune influence des communaut&#233;s grecques. Donc tout le syst&#232;me de Bultmann, dont nous sommes envahis actuellement et qui est enseign&#233; par tout le monde en Allemagne, et par les trois quarts d&#233;j&#224; en France, ce syst&#232;me-l&#224; est purement et simplement faux. Il est absolument impossible : des communaut&#233;s palestiniennes, des communaut&#233;s parlant grec n'ont pas compos&#233; les Evangiles &#233;crits en h&#233;breu. Le fait que les Evangiles de Marc et de Matthieu soient en h&#233;breu est une chose, je vous l'ai dit, &#233;tablie par des arguments philologiques et j'ai &#224; peu pr&#232;s deux cents arguments pour l'indiquer. Alors il faudrait r&#233;futer ces deux cents arguments-l&#224; avant de pouvoir supposer qu'ils aient &#233;t&#233; &#233;crits en grec et donc qu'il y ait une possible influence des communaut&#233;s grecques. En r&#233;alit&#233; il n'y en a aucune et j'affirme cela en sachant que je vais &#224; peu pr&#232;s contre tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;onglets_contenu&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;cs_onglet&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#&#034;&gt;Partie 5&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;&lt;div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Evangiles sont essentiellement des t&#233;moignages&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On discute beaucoup maintenant, enfin on discutait, pour savoir quel est le genre litt&#233;raire des Evangiles ou si vous voulez, qu'est-ce que c'est &#171; un Evangile &#187; ? Si vous posez cette question-l&#224; scientifiquement : &#171; Qu'est-ce que c'est qu'un Evangile ? &#187;, eh bien, beaucoup de savants disent maintenant, &#224; la suite de Bultmann &#233;videmment, tout &#231;a ce sont des pr&#233;sentations de la foi des communaut&#233;s primitives qui attribuent &#224; J&#233;sus un certain nombre de faits&#8230; bon ! Or, cette d&#233;finition des Evangiles est manifestement fausse. La vraie d&#233;finition est tout &#224; fait autre chose : les Evangiles sont essentiellement des t&#233;moignages, et pour cela, il y a comme preuve d'abord le prologue de l'Evangile de Saint Luc, en insistant sur les quatre premiers versets. Ils sont tr&#232;s importants car ils nous donnent un renseignement sur ce qui existait avant l'Evangile de Saint Luc. Ils s'adressent &#224; quelqu'un qui s'appelait Th&#233;ophile et ils lui disent que, pour que Th&#233;ophile puisse v&#233;rifier la valeur des choses qu'il a entendu rapporter sur J&#233;sus, Luc a recueilli le t&#233;moignage des gens qui ont vu J&#233;sus et qui l'ont entendu, et que ce t&#233;moignage, il l'a mis en ordre pour lui fournir justement une v&#233;rification de ce qu'il a enseign&#233;. Donc Saint Luc dans son prologue dit clairement qu'il veut fournir un t&#233;moignage sur ce que J&#233;sus a dit et a fait, pour montrer la solidit&#233; de l'enseignement qui se transmettait &#224; ce moment-l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans l'Evangile de Saint Jean &#8211; jusqu'&#224; pr&#233;sent je vous ai parl&#233; surtout des Synoptiques &#8211; mais dans l'Evangile de Saint Jean, Saint Jean &#224; chaque instant emploie le mot &#171; t&#233;moignage &#187; : &#171; Ceci a &#233;t&#233; racont&#233; et celui qui l'a vu en rend t&#233;moignage afin que vous ayez la foi et que vous croyiez que J&#233;sus est fils de Dieu &#187;, etc. &#8230; C'est r&#233;p&#233;t&#233; plusieurs fois dans l'Evangile de Saint Jean. L'Evangile de Saint Jean se donne manifestement comme un t&#233;moignage. Donc celui de Luc aussi. &lt;br class='autobr' /&gt; Qu'est-ce qu'il en est de Matthieu et de Marc ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;onglets_contenu&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;cs_onglet&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#&#034;&gt;Partie 6&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;&lt;div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;vangile de Marc (mis &#224; part ses quinze premiers versets), raconte les souvenirs tr&#232;s concrets de t&#233;moins.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici, comme promis, le passage suivant celui du dernier num&#233;ro. Il s'agit, nous le rappelons, d'une conf&#233;rence prononc&#233;e par l'abb&#233; Carmignac quelques mois avant sa disparition. Enregistr&#233;e, nous avons pr&#233;f&#233;r&#233; garder ses mots authentiques c'est-&#224;-dire un style oral.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce qu'il en est de Matthieu et de Marc ? Premi&#232;rement, donc, le titre de Marc, ensuite citation d'Isa&#239;e qui s'applique &#224; Jean-Baptiste, et puis apr&#232;s Marc dit : J&#233;sus a &#233;t&#233; baptis&#233; par Jean dans le Jourdain, mais on ne vous dit &#224; peu pr&#232;s rien sur ce bapt&#234;me de Jean. Ce que nous savons, nous le savons par Matthieu et par Luc qui ont puis&#233; &#224; une autre source. Apr&#232;s &#231;a on vous dit : J&#233;sus a &#233;t&#233; au d&#233;sert, il a &#233;t&#233; tent&#233; et il a &#233;t&#233; avec les b&#234;tes ... mais une formule qui, elle, est un jeu de mots parce qu'il &#233;tait avec les b&#234;tes et c'est tout. Ce que nous savons sur la tentation de J&#233;sus, nous le savons par Matthieu et par Luc qui, eux aussi, ont puis&#233; &#224; nouveau dans une autre&lt;br class='autobr' /&gt;
source. Et puis en une ligne ou deux on vous dit : J&#233;sus parcourait la Galil&#233;e en pr&#234;chant le royaume de Dieu. Bon, des choses aussi banales que possible, &#233;crites d'une fa&#231;on tr&#232;s sch&#233;matique en quelques lignes. Et puis au verset 16, Marc chapitre I verset 16, alors, l&#224;, tout change compl&#232;tement : J&#233;sus se promenait sur les bords du lac de G&#233;n&#233;sareth, il a vu deux fr&#232;res, Pierre et Andr&#233;, qui jetaient les filets dans la mer, il les appelle. Il leur dit : &#171; Venez pr&#232;s de moi, vous serez p&#234;cheurs d'hommes. &#187; Et puis ceux-l&#224; ont vu deux autres fr&#232;res, Jacques et Jean, fils de Z&#233;b&#233;d&#233;e, qui &#233;taient dans la barque avec leur p&#232;re. J&#233;sus les appelle, ils laissent le p&#232;re et ils viennent. Voyez-vous, un r&#233;cit tr&#232;s concret qui est rempli de d&#233;tails vivants &#224; partir du verset 16, et tout le reste de Saint Marc est comme cela. Tout le reste de Saint Marc est rempli de d&#233;tails vivants, sauf pour les quinze premiers versets. Dans les quinze premiers versets, il indique les choses comme cela, mais sans aucun d&#233;tail. Et &#224; partir du verset 16 les d&#233;tails abondent et pendant tout le reste de l'&#233;vangile. Je crois qu'il y a une solution bien simple : avant l'appel des disciples, ce que J&#233;sus a fait, les &#233;vang&#233;listes n'&#233;taient pas l&#224; pour le voir. Tandis qu'&#224; partir de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'appel des disciples, Andr&#233;, Pierre, Jacques et Jean, eh bien ils racontent ce qu'ils ont vu. Et je suis persuad&#233;, l&#224; je ne pourrai pas le prouver strictement, mais c'est ma conviction profonde, que l'&#233;vangile de Marc, que nous appelons &#171; de Marc &#187;, a &#233;t&#233; traduit par Marc en grec, mais que le texte h&#233;breu n'a pas &#233;t&#233; compos&#233; par lui. Et le texte h&#233;breu a &#233;t&#233; compos&#233; par Pierre ou Andr&#233;, ou Jacques ou Jean. A partir du moment o&#249; ils sont t&#233;moins, ils racontent en d&#233;tail, leurs souvenirs d'une fa&#231;on tr&#232;s vivante, d'une fa&#231;on tr&#232;s concr&#232;te, tandis que ce qui s'est pass&#233; avant ce&lt;br class='autobr' /&gt;
moment-l&#224;, ils l'ont bien entendu dire, mais ils ne l'ont pas vu... alors ils le racontent comme &#231;a. Si bien que l'&#233;vangile de l'enfance, Marc &#233;videmment en a peut-&#234;tre entendu parler, mais il n'insiste pas. On n'en parle pas. Le Bapt&#234;me de J&#233;sus, la tentation dans le d&#233;sert, la premi&#232;re pr&#233;dication en Galil&#233;e, on sait bien que cela a eu lieu, on le dit mais sans insister, sans rien d&#233;crire. Mais &#224; partir du moment o&#249; J&#233;sus est sur le bord de la mer, o&#249; il appelle les gens qui sont en train de refaire les filets ou qui sont dans leur barque et tout &#231;a : &#224; ce moment-l&#224; on a &#233;t&#233; t&#233;moin, on a vu&lt;br class='autobr' /&gt;
et on raconte ses souvenirs. Si bien que cette diff&#233;rence du style dans saint Marc entre les quinze premiers versets, o&#249; il n'y avait pas de t&#233;moins connus, et &#224; partir du verset seize, o&#249; nous avons d&#233;j&#224; quatre t&#233;moins, &#231;a nous montre que ceux qui ont &#233;crit l'&#233;vangile de Marc n'ont pas pris des id&#233;es, des th&#233;ories qu'ils ont essay&#233;, comme &#231;a, de rendre vivantes, ils ont simplement expos&#233; leurs souvenirs. Alors pour ce qui pr&#233;c&#232;de leur entr&#233;e en sc&#232;ne, ils l'indiquent, mais comme ils ne l'ont pas vu, ils ne donnent pas de d&#233;tails.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;onglets_contenu&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;cs_onglet&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#&#034;&gt;Partie 7&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;&lt;div&gt;
&lt;p&gt;Une chose qui peut avoir son importance aussi, c'est que je pense que de ces quatre auteurs-l&#224;, eh bien, nous pouvons savoir quel est celui qui a &#233;crit l'Evangile de Saint Marc. Jean, non : il a &#233;crit un autre Evangile d'un tout autre style. Jacques la tradition ne lui attribue rien, Andr&#233; non plus. Il ne reste que Pierre. Et nous avons un t&#233;moignage du d&#233;but du deuxi&#232;me si&#232;cle qui nous dit que Marc &#233;tait le traducteur &#8211; h&#233;rm&#234;neut&#234;s &#8211; de Pierre. Et par cons&#233;quent je pense - alors l&#224; ce n'est plus sur le plan directement scientifique, c'est mon impression personnelle - je pense qu'en r&#233;alit&#233; le deuxi&#232;me des Evangiles, est, en r&#233;alit&#233;, l'Evangile de Saint Pierre, que c'est Saint Pierre qui nous a &#233;crit ses souvenirs, et qu'il a &#233;t&#233; traduit en grec par Saint Marc. Et malheureusement, malheureusement, c'est le nom du traducteur qui est rest&#233; attach&#233; au texte grec et non pas le nom de l'auteur qui aurait d&#251; &#234;tre attach&#233; au texte h&#233;breu. Et il est bien certain que si la tradition avait port&#233; Deuxi&#232;me Evangile, l'Evangile de Pierre, &#224; ce moment-l&#224; pour bien des gens, il aurait eu une tout autre valeur. Je regrette qu'on lui ait donn&#233; le nom de L'Evangile de Marc parce que le texte grec a &#233;t&#233; produit par Marc qui traduisait de l'h&#233;breu. Et alors l&#224; je vous le dis, le fait que le deuxi&#232;me Evangile soit &#233;crit par Pierre, l&#224; ce n'est pas une chose scientifique, je ne peux pas le prouver scientifiquement, c'est mon impression. Je vous la donne telle qu'elle est. Si vous ne l'admettez pas, cela n'enl&#232;ve rien &#224; la valeur de t&#233;moignage du deuxi&#232;me Evangile qui a &#233;t&#233; &#233;crit par quelqu'un qui raconte ce qu'il a vu et les choses dont il a gard&#233; le souvenir. &lt;br class='autobr' /&gt; Et ensuite quelle date peut-on donner &#224; tous ces Evangiles-l&#224; ? Je vous l'ai dit la date que l'on a actuellement, par exemple dans la traduction &#339;cum&#233;nique de la Bible &#8211; et je peux la critiquer : j'y ai collabor&#233;, mais on n'a pas voulu tenir compte de mon avis sur bien des points, &#231;a c'est s&#251;r &#8211; mais c'est l&#224; qu'on vous donne Marc vers 70, et Matthieu et Luc vers 80-90. Or on peut prouver, et je vous dis, ces dates ne reposent sur rien, sur aucun argument scientifique. Mais on a des arguments scientifiques en sens inverse et je vais vous le montrer, en partant des Actes des Ap&#244;tres. &lt;br class='autobr' /&gt; Les Actes des Ap&#244;tres s'interrompent d'une fa&#231;on abrupte pendant la captivit&#233; de Paul &#224; Rome. On a racont&#233; tout en d&#233;tail le voyage par la mer, les vents qui soufflaient, ce que le capitaine du bateau&#8230;, les man&#339;uvres qu'il disait de faire&#8230; Enfin le voyage de C&#233;sar&#233;e &#224; Rome est racont&#233; avec des d&#233;tails incroyables de pr&#233;cision. Et puis Saint Paul arrive &#224; Rome, il prend contact avec les chefs juifs qui lui disent : Non, on n'a pas re&#231;u de lettres contre toi, non, non. Et Saint Paul reste l&#224; &#224; recevoir les gens qui voulaient le voir et c'est fini. L'Evangile s'arr&#234;te l&#224;. Les Actes des Ap&#244;tres s'arr&#234;tent l&#224;. Manifestement les Actes des Ap&#244;tres ont &#233;t&#233; &#233;crits par quelqu'un qui a particip&#233; au voyage de Saint Paul. D'ailleurs dans une bonne partie des textes &#224; partir d'un certain moment l'auteur des Actes dit &#171; nous &#187;. Nous avons vu, nous avons fait ceci, etc. ... donc il &#233;tait du voyage. Et les Actes sont interrompus pendant la captivit&#233; de Saint Paul &#224; Rome. Cette captivit&#233; a eu lieu entre 60 et 62 et les dates de Saint Paul sont tr&#232;s pr&#233;cises, car on a retrouv&#233; au d&#233;but de ce si&#232;cle-ci une inscription en Gr&#232;ce qui indique &#224; quelle date Gallion y &#233;tait procurateur : en 51. Or nous savons par le r&#233;cit des Actes que Saint Paul &#224; Corinthe, a &#233;t&#233; jug&#233; par Gallion. Nous pouvons donc avoir l&#224; une date tr&#232;s pr&#233;cise pour le passage de Saint Paul &#224; Corinthe et donc on peut apr&#232;s &#231;a dater, avant et apr&#232;s tout le reste de la vie de Saint Paul. Elle est dat&#233;e de fa&#231;on &#224; peu pr&#232;s indiscutable. Donc les Actes des Ap&#244;tres se sont termin&#233;s entre 60 et 62 quand Saint Paul &#233;tait encore prisonnier &#224; Rome. Et on n'indique m&#234;me pas s'il sera jug&#233;, s'il sera lib&#233;r&#233;, s'il reviendra. Non, &#231;a s'arr&#234;te comme &#231;a. L'auteur &#233;crit les choses jusqu'au jour o&#249; il en est, et puis c'est rest&#233; l&#224;, puis voil&#224;. Or les Actes des Ap&#244;tres commencent par un prologue, d&#233;di&#233; &#224; Th&#233;ophile - tout comme l'Evangile que nous avons vu tout &#224; l'heure - et quand dans cet ouvrage, l'auteur en d&#233;diant le livre &#224; Th&#233;ophile lui dit : &#171; Dans mon premier livre &#187;&#8230; n'est-ce pas, c'est donc que c'est le deuxi&#232;me livre, et l'unit&#233; de style entre l'&#233;vangile de Saint Luc et les Actes des Ap&#244;tres est manifeste. Et c'est d'ailleurs pas tellement &#231;a qui est contest&#233;. Donc l'Evangile de Saint Luc a &#233;t&#233; &#233;crit avant les Actes des Ap&#244;tres, les Actes des Ap&#244;tres ont &#233;t&#233; &#233;crits entre 60 et 62. Or les Actes des Ap&#244;tres semblent bien avoir &#233;t&#233; &#233;crits, commenc&#233;s, &#224; C&#233;sar&#233;e o&#249; Saint Paul a &#233;t&#233; prisonnier pendant deux ans de 58 &#224; 60. Les Actes des Ap&#244;tres semblent bien commencer &#224; C&#233;sar&#233;e, continuer pendant le voyage, pendant la travers&#233;e, et puis au d&#233;but du s&#233;jour &#224; Rome et puis s'arr&#234;tent l&#224;. Si donc l'&#233;vangile est ant&#233;rieur &#224; ce r&#233;cit-l&#224;, il faut qu'il ait &#233;t&#233; &#233;crit au plus tard pendant la captivit&#233; de Saint Paul &#224; C&#233;sar&#233;e entre 58 et 60. &#199;a nous fait donc une date assez pr&#233;cise pour l'&#233;vangile de Luc. &#199;a se comprend assez facilement : Saint Luc &#233;tait &#224; ce moment-l&#224; &#224; c&#244;t&#233; de Saint Paul. Et vous savez que les prisonniers dans l'antiquit&#233;, le gouvernement ne les nourrissait pas. Il fallait que ce soit la famille de chaque prisonnier qui le nourrisse, autrement on ne lui donnait rien &#224; manger. Alors il fallait bien que quelqu'un s'occupe de Saint Paul. Bon, c'&#233;tait Saint Luc qui &#233;tait &#224; ses c&#244;t&#233;s. Pendant les deux ans o&#249; il a eu &#224; s'occuper de Saint Paul, Saint Luc n'avait peut-&#234;tre pas tellement d'autres choses &#224; faire, il avait largement le temps de composer son Evangile, d'autant plus que C&#233;sar&#233;e n'est pas loin de Nazareth, et il se trouve que l'Evangile de Saint Luc a plus que les autres des renseignements sur ce qui s'est pass&#233; &#224; Nazareth. Bon, voil&#224; pour cet &#201;vangile-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;onglets_contenu&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;cs_onglet&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#&#034;&gt;Partie 8&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;&lt;div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;vangiles apocryphes : th&#232;mes gnostiques, style ampoul&#233;, miracles pu&#233;rils...&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas de confusion possible avec les Evangiles chr&#233;tiens.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous assistons en ce moment &#224; une grande offensive qui consiste &#224; vouloir donner aux &#233;vangiles apocryphes une valeur identique &#224; celle de nos quatre Evangiles canoniques. C'est pourquoi il nous a sembl&#233; urgent de publier ce que l'Abb&#233; Carmignac en a dit en r&#233;ponse &#224; deux questions (num&#233;rot&#233;es 7 et 9) qui lui ont &#233;t&#233; pos&#233;es &#224; l'issue de la conf&#233;rence de Cambrai. Nous prenons ici, comme l'avait demand&#233; Mademoiselle Demanche, la transcription faite par Mademoiselle Ducatillon de la cassette enregistr&#233;e au cours de cette intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. On entend parler aussi de l'&#233;vangile de Thomas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#231;a, c'est tout &#224; fait autre chose. A peu pr&#232;s &#224; l'&#233;poque o&#249; on retrouvait en Palestine, pr&#232;s de la mer morte, les manuscrits de Qumr&#226;n, on a retrouv&#233; &#224; Nag-Hammadi en haute &#201;gypte, l'&#233;vangile dit &#171; de Thomas &#187;. Un cultivateur, en labourant, a retourn&#233; une pierre, sous laquelle il y avait une sorte de cave qui renfermait des manuscrits en copte, langue assez difficile &#224; d&#233;chiffrer ; ces manuscrits au nombre de treize, sont tous des manuscrits gnostiques. Les gnostiques, pour les d&#233;finir sommairement, forment une secte chr&#233;tienne qui essaie de m&#233;langer la pens&#233;e chr&#233;tienne avec des restes de pens&#233;e pa&#239;enne et croit que le salut r&#233;sulte non de la gr&#226;ce de Dieu, ni des efforts des hommes, mais de la connaissance. Il faut en particulier conna&#238;tre de quelle fa&#231;on les anges se sont d&#233;grad&#233;s pour arriver jusqu'&#224; nous, afin de reprendre le chemin en sens inverse : c'est de cette fa&#231;on qu'on peut &#234;tre sauv&#233;. Les manuscrits gnostiques nous donnent des informations nouvelles sur cette secte, connue seulement jusqu'ici par la r&#233;putation qu'en faisaient les P&#232;res de l'Eglise : parmi ces manuscrits gnostiques se trouve l'&#233;vangile de Thomas, qui renferme des paroles attribu&#233;es &#224; J&#233;sus, cent-quatorze selon les uns, cent-dix-neuf selon les autres. Certaines de ces paroles sont copi&#233;es sur les &#201;vangiles, d'autres sont clairement des paroles gnostiques dont la pens&#233;e est inadmissible pour un chr&#233;tien. Les textes gnostiques se donnaient comme &#233;tant &#233;crits par les disciples de J&#233;sus ; on a donc eu l'&#233;vangile de Thomas, l'&#233;vangile de Philippe etc. &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Est-il vrai qu'il existe un &#233;vangile de Pierre apocryphe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Oui ; on a attribu&#233; &#224; Pierre un &#233;vangile qui est effectivement apocryphe et il n'a rien de commun avec celui dont je vous ai parl&#233; et qui est la source de saint Marc. Il existe ainsi un certain nombre d'&#233;vangiles apocryphes dont on voit tout de suite &#224; leur style ampoul&#233; et aux miracles pu&#233;rils qu'ils racontent combien ils diff&#232;rent de nos quatre &#201;vangiles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;onglets_contenu&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;cs_onglet&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#&#034;&gt;Partie 9&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;&lt;div&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de supposer quarante ans entre J&#233;sus et la mise par &#233;crit de l'Evangile de Marc, il n'y a plus que quinze ans ; et ce court intervalle ne suffit pas pour rendre possibles transpositions ou mythifications. La valeur historique des Evangiles se trouve donc renforc&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un &#233;v&#234;que anglican, Robinson, a publi&#233; il y a deux ans, un ouvrage sur une nouvelle datation du Nouveau Testament. Il avait publi&#233; pr&#233;c&#233;demment un ouvrage Honest to God qui avait fait pas mal de remous et avait caus&#233; un tel scandale, qu'il avait d&#251; donner sa d&#233;mission d'&#233;v&#234;que auxiliaire de Londres pour devenir professeur &#224; Cambridge. Il explique dans la pr&#233;face de son Redating New Testament, qu'il consid&#233;rait jadis le Nouveau Testament comme un ouvrage tardif mais qu'en &#233;tudiant la question il a compris que c'&#233;tait, au contraire, tr&#232;s ancien. Selon lui, il n'est pas possible qu'il y ait eu quoi que ce soit dans le Nouveau Testament de post&#233;rieur &#224; l'ann&#233;e 70 ; m&#234;me pour Jean, que moi-m&#234;me je pla&#231;ais tr&#232;s tard, il donne des arguments tr&#232;s s&#233;rieux qui m'ont amen&#233; &#224; penser le contraire. Apr&#232;s bien des difficult&#233;s et des r&#233;ticences des &#233;diteurs, son ouvrage sera traduit en fran&#231;ais et publi&#233; l'ann&#233;e prochaine. Je vous recommande, si vous le pouvez, de l'acheter, et vous verrez que par des arguments tr&#232;s diff&#233;rents des miens, il aboutit pratiquement aux m&#234;mes conclusions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-on raisonnablement, risquer sa vie pour ce vieux livre de l'Evangile ? Si vous prenez la radio ce soir, et qu'on vous raconte qu'il y a eu un tremblement de terre, ou une r&#233;volution, ce matin, au bout du monde, &#233;videmment, c'est tout proche dans le temps, mais, entre cet &#233;v&#233;nement et vous, il y a au moins quatre ou cinq interm&#233;diaires. Or quand je lis Marc, il y a &#233;videmment entre cet auteur et moi un temps beaucoup plus long ; mais &#224; partir du moment o&#249; Marc a &#233;t&#233; mis par &#233;crit en h&#233;breu, puis traduit en grec, il n'a pas boug&#233; ; entre J&#233;sus et moi, il n'y a que cet interm&#233;diaire, c'est-&#224;-dire une seule personne, ou, si vous voulez, une personne et demie, en tenant compte de Pierre qui a vu J&#233;sus et a mis par &#233;crit en h&#233;breu ses paroles et actes ; (si on lit en Fran&#231;ais, cela fait un interm&#233;diaire de plus). Il en va de m&#234;me pour saint Jean, si bien que j'aboutis &#224; cette conclusion : je connais J&#233;sus &#224; peu pr&#232;s aussi bien que si j'avais v&#233;cu en Palestine aux environs de l'an 50. Evidemment, si en 50, j'avais v&#233;cu en Palestine, j'aurais pu avoir entre les mains, le texte qui est notre Marc actuel, la source compl&#233;mentaire de Marc qui se trouve incorpor&#233;e &#224; Marc et &#224; Luc ; j'aurais pu aussi questionner des gens qui m'auraient donn&#233; d'autres d&#233;tails sur d'autres points. Mais sur tous les points qui ont &#233;t&#233; jug&#233;s essentiels, je ne serais pas mieux renseign&#233; que je le suis maintenant. La valeur historique de nos Evangiles est telle, qu'&#224; peu pr&#232;s aucun document de l'antiquit&#233;, n'en a une comparable. Il est donc raisonnable que j'accepte de risquer ma vie pour ce vieux livre, en consid&#233;rant comme vrai ce qu'il me dit sur J&#233;sus, sur sa vie, sur sa passion, sa r&#233;surrection et sa divinit&#233;. En l'acceptant, je reste, je pense, sur le plan scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;onglets_contenu&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;cs_onglet&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#&#034;&gt;Questions 1&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;&lt;div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Question : Pourriez-vous nous rappeler comment les manuscrits de Qumr&#226;n ont &#233;t&#233; d&#233;couverts ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; R&#233;ponse : Dans l'hiver 1947, un b&#233;douin cherchant une ch&#232;vre qui s'&#233;tait perdue dans les rochers , a lanc&#233; un caillou dans un trou et ce caillou en retombant a cass&#233; quelque chose en faisant du bruit. Entendant cela il a &#233;t&#233; chercher un de ses cousins : les deux hommes se sont fait la courte-&#233;chelle pour atteindre le trou, et de l'autre c&#244;t&#233;, ils ont trouv&#233; des jarres cass&#233;es, avec des morceaux de cuir. Pensant que ce cuir pouvait toujours &#234;tre utile, ils l'ont port&#233; &#224; un cordonnier. Ce dernier ne pouvait s'en servir : il &#233;tait trop ab&#238;m&#233;, mais il remarqua des lettres &#233;crites sur ce cuir ; et comme il &#233;tait chr&#233;tien (de rite syriaque) il le donna &#224; son &#233;v&#234;que lequel fit appel &#224; des sp&#233;cialistes. Il s'adressa d'abord &#224; l'Ecole Biblique de J&#233;rusalem. Un des P&#232;res de cette &#233;cole alla sur place, reconnut qu'un des textes &#233;tait un fragment du proph&#232;te Isa&#239;e et revint enthousiasm&#233; par ce qu'il venait de d&#233;couvrir. Seulement les autres P&#232;res de l'Ecole Biblique se sont moqu&#233;s de lui : &#171; Ce n'est pas possible, ont-ils dit ; on n'a jamais trouv&#233; de manuscrits anciens en Palestine, c'est un faux&#8230; &#187;, si bien que l'autre n'a pas os&#233; y retourner, et qu'ils sont pass&#233;s &#224; c&#244;t&#233; de la d&#233;couverte. Voyant que les Fran&#231;ais ne s'y int&#233;ressaient pas, l'&#233;v&#234;que syrien &#233;crivit aux Anglais qui n'ont pas r&#233;pondu, puis aux Am&#233;ricains. Sa lettre tomba entre les mains d'un sous-ordre qui &#233;tait bon photographe. Il alla sur place, prit des photos du document, les fit parvenir &#224; Allbright qui &#233;tait le principal arch&#233;ologue am&#233;ricain et qui estima que c'&#233;tait &#171; la plus grande d&#233;couverte arch&#233;ologique des temps modernes &#187;. D&#232;s lors tout le monde s'y int&#233;ressa : l'Etat d'Isra&#235;l, propri&#233;taire des manuscrits a b&#226;ti un mus&#233;e sp&#233;cial &#224; J&#233;rusalem pour les pr&#233;senter aux visiteurs. Il y a aussi plusieurs centaines de manuscrits coup&#233;s en petits morceaux qui sont dans le mus&#233;e Rockfeller. Vraisemblablement, ceux-l&#224;, on ne vous les montrera pas, car tant que les manuscrits ne sont pas &#233;dit&#233;s, ils restent au secret.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;onglets_contenu&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;cs_onglet&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#&#034;&gt;Questions 2&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;&lt;div&gt;
&lt;p&gt;Y a-t-il dans ces manuscrits de Qumr&#226;n des textes qui retracent l'Evangile ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Non, ces textes sont tous ant&#233;rieurs &#224; J&#233;sus. La communaut&#233; des gens de Qumr&#226;n a &#233;t&#233; fond&#233;e vers 170 av. J.-C.. Le principal organisateur, celui qu'on appelle Docteur de justice a &#233;t&#233; membre de la communaut&#233; entre 150 et 100 av. J.-C. approximativement, et c'est lui l'auteur de la r&#232;gle de la communaut&#233;, de la r&#232;gle de la guerre et des hymnes. D'autres personnes ont ajout&#233; des textes &#224; ceux-l&#224;, mais aucun des documents retrouv&#233;s &#224; Qumr&#226;n n'est contemporain de J&#233;sus ou post&#233;rieur &#224; Lui. (Ce qui n'exclut pas la possibilit&#233; de copies post&#233;rieures). Dans ces manuscrits de Qumr&#226;n, appel&#233;s aussi Manuscrits de la Mer Morte, il n'y a aucune allusion aux Evangiles. En revanche, dans les Evangiles on trouve de fr&#233;quentes allusions &#224; des choses que nous connaissons par ces manuscrits. Distinguons dans les Evangiles, les id&#233;es que J&#233;sus a reprises au milieu ambiant, celles qu'Il a modifi&#233;es, celles qu'Il a repouss&#233;es purement et simplement. Exemples : &lt;br class='autobr' /&gt;
Le mariage : dans le juda&#239;sme de l'Ancien Testament, le divorce et la polygamie sont officiellement permis. Les gens de Qumr&#226;n les refusent, J&#233;sus &#233;galement. Sur ce point, J&#233;sus suit donc Qumr&#226;n ou plut&#244;t reconna&#238;t que leur pens&#233;e est correcte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le culte des anges : Il existe d&#233;j&#224; dans l'Ancien Testament, mais &#224; Qumr&#226;n il prend des proportions invraisemblables. Or, dans le Nouveau Testament, il est assez &#224; l'honneur. L'existence des anges et des d&#233;mons y est clairement affirm&#233;e (ce qui n'emp&#234;che pas certains aujourd'hui de le mettre en doute) : nouveau point d'accord avec Qumr&#226;n.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le massacre des non-juifs : On pensait &#224; Qumr&#226;n, qu'il fallait massacrer tous les non-Qumr&#226;niens et m&#234;me tous les non Juifs, afin qu'il n'y ait plus sur terre que des gens parfaits comme eux-m&#234;mes ; ils avaient pr&#233;vu pour ce massacre une guerre sp&#233;ciale qui devait durer 29 ans. Cette fa&#231;on de r&#233;gler le probl&#232;me du salut de l'humanit&#233; n'est pas du tout celle de l'Evangile, qui dit au contraire d'aimer les ennemis, de convertir les gens, non de les massacrer. Donc, ici, opposition absolue. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Temple : Les Juifs, se conformant &#224; l'Ancien Testament, consid&#233;raient le Temple comme le seul endroit o&#249; l'on pouvait vraiment adorer Dieu. Les gens de Qumr&#226;n, au contraire, n'offraient pas de sacrifices au Temple, car ils consid&#233;raient comme indignes et ill&#233;gitimes les grands pr&#234;tres qui y officiaient, et ils n'admettaient pas leur calendrier. Ils se tenaient donc &#224; l'&#233;cart du Temple. J&#233;sus, Lui, va au Temple et y prie, de m&#234;me les Ap&#244;tres. Saint Paul apr&#232;s sa conversion y offre un sacrifice. Le Temple garde son prestige mais ne sera plus regard&#233; comme une valeur unique ; le culte essentiel, d&#233;sormais, c'est celui qui repose sur J&#233;sus, sa passion et sa r&#233;surrection. Il y a donc ici &#224; la fois rapprochement et divergence. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les serments : Les Juifs en faisaient des quantit&#233;s. Or, &#224; Qumr&#226;n, c'est interdit : &#171; Tu ne feras pas de serment sur alef et lamed &#187;, ni &#171; sur alef et dalet &#187;, ces consonnes &#233;tant les premi&#232;res lettres de deux mots h&#233;breux signifiant l'un Dieu, l'autre le Seigneur. De m&#234;me dans l'Evangile, J&#233;sus nous dit : &#171; Que votre oui soit oui ; que votre non soit non ; ce que vous dites en plus vient du mauvais&#8230; Vous ne pouvez pas jurer, ni par le Ciel parce qu'il est le tr&#244;ne de Dieu, ni par la terre&#8230; &#187; (Mt. 5,33). Donc, &#224; propos du serment, J&#233;sus a une position identique &#224; celle des gens de Qumr&#226;n.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais il y a dans l'enseignement de J&#233;sus des choses qui n'ont absolument aucun fondement &#224; Qumr&#226;n. La Trinit&#233;, l'Incarnation, la R&#233;demption, sont les trois myst&#232;res principaux sans lesquels il n'y a pas de Christianisme. Or, la notion de Trinit&#233; n'existe absolument pas &#224; Qumr&#226;n, la notion d'Incarnation non plus ; quant &#224; la R&#233;demption, les gens de Qumr&#226;n pensent qu'elle consiste &#224; massacrer les ennemis , tandis que le Chr&#233;tien&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt; D'ailleurs, sur cette question, j'ai apport&#233; quelques exemplaires d'un petit ouvrage que j'ai publi&#233; il y a une vingtaine d'ann&#233;es, qui n'est plus tout &#224; fait au point mais qui r&#233;pond &#224; des objections qui avaient cours alors, selon lesquelles, le Christianisme, au fond n'&#233;tait qu'une r&#233;plique de l'ess&#233;nisme, J&#233;sus n'ayant fait que copier le Docteur de justice. J'ai essay&#233; de montrer, avec les textes, que c'&#233;tait tout le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;onglets_contenu&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;cs_onglet&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#&#034;&gt;Questions 3&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;&lt;div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; Les Manuscrits de la Mer Morte se r&#233;f&#232;rent-ils souvent &#224; la Bible ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tr&#232;s souvent : il y a d'abord un tiers des manuscrits qui sont purement et simplement des copies de l'Ancien Testament. Pour les autres textes, ils sont l'&#339;uvre de gens qui, sachant la Bible par c&#339;ur, lui empruntent &#224; chaque instant des expressions, des formules. Ils grapillent dans Isa&#239;e, dans les Psaumes, dans Ez&#233;chiel, ce qui produit souvent des r&#233;sultats remarquables. Par exemple, dans la R&#232;gle de la guerre qui occupe deux cent quatre-vingt lignes, il y a cent quatre-vingt citations de l'Ancien Testament, donc plus d'une par deux lignes. Dans les Hymnes, un savant danois et moi avons fait le compte en m&#234;me temps : il a trouv&#233; six cent soixante-dix-neuf citations et moi six cent soixante-treize, r&#233;sultats fort proches l'un de l'autre. Ces citations-l&#224; sont tr&#232;s importantes pour am&#233;liorer notre texte h&#233;breu de l'Ancien Testament qui a bien besoin d'&#234;tre am&#233;lior&#233;. Jusqu'&#224; pr&#233;sent le plus ancien manuscrit de l'Ancien Testament &#233;tait post&#233;rieur &#224; Charlemagne, et maintenant nous avons des mss qui sont du deuxi&#232;me si&#232;cle av. J.-C. D'un seul coup nous gagnons onze ou douze si&#232;cles. Outre les manuscrits h&#233;breux relativement r&#233;cents, nous avions pour l'Ancien testament une traduction grecque &#8211; la Septante -, une traduction syriaque &#8211; la Peshitto &#8211; et une traduction aram&#233;enne &#8211; les Targums. Seulement, ces traductions ne sont pas toujours d'accord avec le texte h&#233;breu actuel ; alors on disait g&#233;n&#233;ralement &#8211; et moi-m&#234;me quand j'&#233;tais jeune, je l'ai dit aussi &#8211; que les traducteurs avaient mal traduit. Or, les textes h&#233;breux que nous retrouvons maintenant, quand ils diff&#232;rent du texte massor&#233;tique officiel, se trouvent assez souvent d'accord avec la Septante, parfois m&#234;me avec la Peshitto. Si donc la septante donne un texte diff&#233;rent du texte h&#233;breu actuel, ce n'est pas que les traducteurs aient mal traduit, du moins pas toujours, c'est qu'ils traduisaient un autre texte h&#233;breu. Nous touchons l&#224; le probl&#232;me de la critique textuelle de l'Ancien Testament. Elle exigerait un travail &#233;norme. Il faudrait que des quantit&#233;s de gens y consacrent leur vie enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les &#233;vang&#233;listes avaient approximativement le m&#234;me &#226;ge que J&#233;sus. N'&#233;taient-ils donc pas d&#233;j&#224; tr&#232;s vieux, si on suppose qu'ils ont &#233;crit leurs &#233;vangiles apr&#232;s 70 ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ceux qui ont &#233;crit ces th&#233;ories-l&#224; vous disent tous que les Evangiles ne sont pas &#233;crits par des t&#233;moins de la vie de J&#233;sus : ce ne sont pas des t&#233;moignages, ce sont des textes que l'on a attribu&#233;s &#224; Luc, Marc etc. &#8230; Tous ceux qui retardent la composition des Evangiles, c'est qu'ils ont besoin de la retarder, pour rendre plausibles les transformations, les d&#233;veloppements th&#233;ologiques qu'ils veulent voir par derri&#232;re. Leur argumentation n'est qu'un cercle vicieux d&#233;pourvu de toute valeur scientifique. Ils ne disent que ce qui leur pla&#238;t. Ce point est clairement indiqu&#233; dans l'ouvrage de Robinson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Y a-t-il beaucoup de personnes qui &#233;tudient les manuscrits de Qumr&#226;n ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A l'heure actuelle, dans le monde entier, il y a environ cent cinquante ou deux cents personnes qui les &#233;tudient scientifiquement. C'est d&#233;j&#224; assez bien. Mais ces manuscrits-l&#224; posent tellement de probl&#232;mes, ils demandent des investigations tellement pr&#233;cises que l'&#233;tude ne progresse pas aussi vite qu'on le voudrait. Et surtout, ce qui g&#234;ne la progression, c'est qu'il y a encore beaucoup de manuscrits non publi&#233;s, en particulier les manuscrits tr&#232;s d&#233;t&#233;rior&#233;s, r&#233;duits en petits fragments. C'est le cas pour ceux de la grotte 4, qui n'ont pas &#233;t&#233; emball&#233;s dans de l'&#233;toffe ni mis dans des jarres. Les Romains arrivant*, on les a tous jet&#233;s p&#234;le-m&#234;le dans un trou. Ce trou s'est effondr&#233;, les manuscrits sont pourris. Il a fallu retirer la terre, la tamiser et on a recueilli ainsi 15000 fragments. Et quel travail ensuite, pour comparer sous tous les angles possibles chacun des 15000 fragments avec les 14999 autres ! La Revue de Qumr&#226;n que j'ai fond&#233;e rend compte de ces travaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment se fait-il que les Ess&#233;niens ne parlent pas de J&#233;sus ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Parce qu'ils sont ant&#233;rieurs. Aucun texte trouv&#233; &#224; Qumr&#226;n n'est contemporain de J&#233;sus ou post&#233;rieur &#224; J&#233;sus.&lt;br class='autobr' /&gt; Il faut poser le probl&#232;me dans l'autre sens. Comment se fait-il que les Evangiles ne parlent pas des Ess&#233;niens ? Remarquons d'abord que nous ne savons pas comment s'appelaient les gens de Qumr&#226;n. Aucun de nos documents ne nous donne le nom r&#233;el de cette communaut&#233; que l'on suppose constitu&#233;e d'Ess&#233;niens. Les Evangiles les d&#233;signent peut-&#234;tre sous le nom d'H&#233;rodiens. Les gens de Qumr&#226;n, en effet, &#233;taient favoris&#233;s par H&#233;rode pour la raison bien simple qu'ils &#233;taient ennemis des Pharisiens et l'on sait qu'H&#233;rode a pass&#233; sa vie &#224; lutter contre les Pharisiens. Il devait donc consid&#233;rer comme amis les ennemis de ses ennemis. Comme il avait laiss&#233; un assez mauvais souvenir, le qualificatif &#171; h&#233;rodiens &#187; aurait &#233;t&#233; appliqu&#233; p&#233;jorativement aux gens de Qumr&#226;n. De plus, dans un certain nombre de passages &#233;vang&#233;liques, J&#233;sus semble faire allusion clairement aux Ess&#233;niens. Ainsi, il dit &#224; ses ap&#244;tres qu'il envoie en mission : &#171; N'emportez avec vous ni sandale de rechange, ni habit de rechange, simplement un b&#226;ton &#187; (1). Il y a divergence&#8230; Or, nous avons un texte nous disant que les gens de Qumr&#226;n n'emportaient ni v&#234;tement de rechange, ni provisions, mais seulement un b&#226;ton, et que dans tous les pays o&#249; ils allaient, ils &#233;taient re&#231;us par les groupes de leur communaut&#233;. Et donc, quand J&#233;sus envoie ses ap&#244;tres en mission, il leur dit en somme : comportez-vous comme des Ess&#233;niens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;onglets_contenu&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;cs_onglet&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#&#034;&gt;Questions 4&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;&lt;div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Avant la d&#233;couverte des manuscrits de la Mer Morte, est-ce qu'on croyait d&#233;j&#224; que les Evangiles avaient un substrat h&#233;breu ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous posez une question tr&#232;s importante.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous avons un t&#233;moignage de Papias, vers 130 ap. J.-C., affirmant que l'Evangile de Matthieu a &#233;t&#233; &#233;crit en h&#233;breu. Et il y a une trentaine d'endroits o&#249; des P&#232;res de l'Eglise nous disent que l'Evangile de Matthieu a &#233;t&#233; &#233;crit en h&#233;breu. Mais en 1554 l'Allemand Cyril van Statt, a lanc&#233; l'id&#233;e d'un &#233;vangile en aram&#233;en, sous pr&#233;texte que l'h&#233;breu n'existait plus au temps de J&#233;sus : &#171; Si des P&#232;res de l'Eglise disent h&#233;breu, ils veulent dire sans doute aram&#233;en &#187;. C'est ainsi qu'on a invent&#233; le Matthieu aram&#233;en auquel j'ai cru, moi aussi, jusqu'&#224; un certain temps. Mais son argument ne repose sur rien. Il est clair qu'on &#233;crivait et qu'on parlait l'h&#233;breu au temps de J&#233;sus. Et quand des P&#232;res de l'Eglise nous disent que tel ouvrage &#233;tait &#233;crit en h&#233;breu, ils &#233;taient mieux plac&#233;s que nous pour le savoir. Pour en avoir le c&#339;ur net j'ai lu toutes les &#339;uvres de Saint Epiphane, en notant tous les endroits o&#249; il emploie d'une part le mot h&#233;breu, d'autre part le mot aram&#233;en : il ne se trompe jamais. On peut lui faire confiance : outre l'aram&#233;en, sa langue maternelle, il savait l'h&#233;breu, le copte, le grec, le latin. Quand un aussi bon polyglotte vous dit que tel livre est &#233;crit en telle langue, il savait tout de m&#234;me ce qu'il disait. De m&#234;me Saint J&#233;r&#244;me, lui aussi tr&#232;s bon polyglotte, nous dit que l'Evangile de Matthieu a &#233;t&#233; traduit par lui en grec et en latin (1), il savait tout de m&#234;me bien en quelle langue &#233;tait l'ouvrage qu'il traduisait !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peut-on imaginer qu'on retrouvera un jour les Evangiles dans leur texte original ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut l'esp&#233;rer. On a bien retrouv&#233; les manuscrits de la Mer Morte qui nous ont conduits &#224; des d&#233;couvertes inattendues. Pourquoi ne retrouverait-on pas un jour dans une grotte ou une cave quelconque Marc et Matthieu en h&#233;breu ? Cette d&#233;couverte-l&#224; fortifierait la foi de bien des gens et celui qui, le premier, &#233;diterait un fragment de Matthieu ou de Luc en h&#233;breu aurait sa c&#233;l&#233;brit&#233; assur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Est-ce que vos &#233;tudes scientifiques vous posent des probl&#232;mes par rapport &#224; votre foi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J.C. : Le probl&#232;me de la foi se pose de deux fa&#231;ons diff&#233;rentes selon les temp&#233;raments intellectuels. Il peut se poser de fa&#231;on plut&#244;t philosophique ou de fa&#231;on plut&#244;t historique. Et quand nous avons, avec des fid&#232;les, &#224; traiter des probl&#232;mes de la foi, la premi&#232;re chose est de savoir s'il s'agit de gens qui sont de tendance philosophique ou des gens qui sont de tendance historique. Personnellement, par temp&#233;rament, je ne suis pas du tout un philosophe, je suis plus un historien et par cons&#233;quent, l'aspect philosophique des questions me touche relativement peu. Pour moi ce qui importe c'est l'aspect historique. Et alors l&#224;, je peux dire que mes travaux ont tous singuli&#232;rement consolid&#233; ma foi parce que je me rends compte que ce que nous avons dans les Evangiles, et dans tout le Nouveau Testament, est en harmonie avec le cadre ext&#233;rieur que nous venons de d&#233;couvrir tout r&#233;cemment. Je me rends compte que cette &#233;tude des manuscrits de la mer Morte aboutit &#224; reconna&#238;tre dans les Evangiles des textes primitivement &#233;crits en h&#233;breu, des textes qui ont &#233;t&#233; &#233;crits par les t&#233;moins de la vie de J&#233;sus - ceux qui avaient vu ce qu'Il avait fait, ceux qui avaient entendu ses paroles -. Et j'en aboutis &#224; la conclusion - qu'il est peut-&#234;tre un peu pr&#233;somptueux de pr&#233;senter comme je vais le faire en quelques mots, mais qui r&#233;sume bien ma pens&#233;e - : je pense que gr&#226;ce aux Evangiles, bien compris avec leurs sources h&#233;bra&#239;ques, nous connaissons J&#233;sus &#224; peu pr&#232;s comme nous l'aurions connu si nous avions v&#233;cu en Palestine vers l'ann&#233;e 45. Si nous avions v&#233;cu en Palestine vers l'ann&#233;e 45, sans doute nous aurions pu recueillir des t&#233;moignages qui ne sont pas dans les Evangiles. Nous aurions de la vie de J&#233;sus une connaissance plus compl&#232;te. D'accord. Mais sur les points o&#249; nous aurions pu recueillir des t&#233;moignages, les t&#233;moignages que nous aurions recueillis sont ceux que nous avons actuellement dans les Evangiles. Et donc, au point de vue historique, les Evangiles sont des documents d'une extr&#234;me importance au simple point de vue humain, en faisant abstraction du fait qu'ils sont des &#233;crits inspir&#233;s par Dieu, qu'ils sont la parole de Dieu. M&#234;me s'ils n'&#233;taient pas la parole de Dieu, s'ils n'&#233;taient que des &#233;crits humains, ces &#233;crits humains m&#233;riteraient toute notre consid&#233;ration. Et notre foi repose sur une connaissance de J&#233;sus vraiment tr&#232;s importante. Quand nous lisons certains Evangiles, nous avons l'&#233;cho direct de ce qu'ont retenu ceux qui ont vu et entendu J&#233;sus. Et pour moi cela, c'est une chose tr&#232;s importante et cela suffit pour que, de fait, ma foi ne soit vraiment pas troubl&#233;e : elle est au contraire plut&#244;t fortifi&#233;e par tous ces travaux-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Transmission &#233;crite, transmission orale : les erreurs de voyellisation preuves de l'existence d'un texte &#233;crit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe ce n'est pas de savoir ce qui aurait pu se passer, c'est ce qui s'est pass&#233;. Et quand on &#233;tudie les textes de pr&#232;s, que l'on se rend compte qu'il y a des modifications qui tiennent &#224; la vocalisation (la vocalisation : on ne peut pas prononcer un mot en ne pronon&#231;ant que les consonnes, il faut bien prononcer des voyelles). A partir du moment o&#249; on a vocalis&#233; de fa&#231;ons diff&#233;rentes, c'est donc qu'on avait un texte &#233;crit. Dans un texte &#233;crit en h&#233;breu ou en aram&#233;en, on ne met pas les voyelles : au lecteur de les deviner. Il peut donc y avoir des divergences sur ce point-l&#224;. Chaque fois que nous avons des erreurs qui viennent d'une erreur de vocalisation &#8211; erreur, ne disons pas erreur, disons divergence &#8211; qui viennent d'une divergence de vocalisation, on a certainement devant soi un texte &#233;crit et non pas un texte oral. Et je pense que c'est l&#224; un fait qui suffirait &#224; lui-m&#234;me, surtout que ces faits-l&#224; sont quand m&#234;me assez nombreux dans les Evangiles, pour montrer que, au moment de la r&#233;daction finale des Evangiles, ils ne s'appuyaient pas sur &#8211; au moins pas uniquement ni pas toujours &#8211; sur des traditions orales, mais qu'ils s'appuyaient aussi d'une fa&#231;on pr&#233;cise sur des r&#233;cits d&#233;j&#224; &#233;crits, d&#233;j&#224; compos&#233;s, d&#233;j&#224; mis sur le papier si l'on peut dire &#224; ce moment-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Depuis la date de cette conf&#233;rence 1986, la recherche s'est orient&#233;e vers une provenance plus complexe des manuscrits. NDLR&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En 1997 on avait rep&#233;r&#233; au moins 800 manuscrits diff&#233;rents, mais qui ne repr&#233;sentaient que 200 &#339;uvres diff&#233;rentes, &#233;tant donn&#233; les nombreuses copies de certains textes. (NDLR)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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