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Saint Luc a-t-il peint un portrait de la Vierge ?


novembre 2017
Auteur :

Marie Christine Ceruti

Il est de bon ton aujourd’hui de rejeter cette tradition d’un revers de main en alléguant que cette « légende » a pour origine la description de la Mère de Dieu plus amplement dépeinte dans les écrits de cet Evangéliste que chez les autres. N’est-ce pas un peu simplet comme objection ? Et celle-ci n’est-elle pas fondée secrètement sur la peur de paraître naïf aux yeux de ceux qui se prétendent rationalistes, cette peur qui empoisonne toute l’exégèse moderne et qui est à la fois paradoxalement une forme d’orgueil et de faiblesse ?
Même dans l’histoire la plus profane, un fait transmis uniquement par voie orale n’est pas nécessairement faux et les exemples sont nombreux d’événements « connus » uniquement par ce moyen qui par la suite ont été ratifiés grâce à la découverte de manuscrits ou d’une pièce archéologique.
Dans le cas qui nous intéresse, le plus ancien témoignage écrit (et il en existe d’autres), rapportant que saint Luc a peint les traits physiques de Notre Dame, remonte à 520 environ, ce qui n’est pas si mal si l’on songe que la plupart des documents des auteurs latins que nous possédons aujourd’hui remontent au neuvième, dixième ou onzième siècle. Il s’agit du témoignage de Theodorus Lector, lecteur à Sainte Sophie de Constantinople qui écrit : « Eudoxie envoya à Pulchérie, de Jérusalem, l’image de la mère de Dieu qu’a peinte l’évangéliste Luc » (Theodorus Lector, Historia Ecclesiastica, 1,5 – in Patrologia Graeca : LXXXV, 165). Eudoxie était la femme de l’empereur régnant d’Orient Théodose II (401-450) et Pulchérie, la sœur de ce même empereur. La première s’était rendue en Terre Sainte pour accomplir un vœu et puisqu’il est connu par ailleurs qu’elle était de retour à Constantinople en 439, le mot « envoya » implique que l’image arriva à Constantinople avant cette date. Sainte Pulchérie avait fait construire trois églises à Constantinople et dans la plus importante, celle des Hodigòi, elle fit installer avec honneur le portrait envoyé par sa belle sœur et appelé dès lors Hodigìtria. Margherita Guarducci - dans son livre Il Primato della Chiesa di Roma, Rusconi 1991 - explique que d’autres sources nous informent que cette image était peinte à l’encaustique sur une grande et lourde planche de bois et qu’il y a lieu de penser qu’il s’agissait d’une de ces imagines clipeatae, si appréciées à l’époque impériale, qui consistaient en une pièce de bois ronde portant la tête seule, peinte plus grande que nature. Il semble ajoute-t-elle qu’à Constantinople elle ait été « complétée » par des artistes locaux qui auraient inséré ce visage dans un tableau plus important comprenant aussi l’enfant Jésus. Vénérée avec une intense dévotion par des foules venues même de Russie, d’Egypte ou de la Péninsule Ibérique, elle fut jusqu’en 1453 protagoniste de rites particuliers et couverte d’honneurs. A cette date les Turcs, ayant pris Constantinople, la brisèrent à coups de hache et la jetèrent dans les eaux du Bosphore. Heureusement diverses copies en avaient été faites. L’une d’elle « La Vierge de la Passion » œuvre de l’artiste Grégoire est vénérée à Moscou et a été l’objet de miracles, mais la plus célèbre au monde est l’image connue sous le nom de « Notre dame du Perpétuel Secours » aujourd’hui à l’église Saint Alphonse à Rome où elle est arrivée à la suite d’un nombre extraordinaire de prodiges, cause et conséquence de miracles exceptionnels que nous rapporte l’abbé Nicolas Pinaud dans le numéro 41 du Sel de la Terre. (Voir la photographie de cette église en petit en haut à droite en encart de ce numéro). Cette copie avait été exécutée par le moine saint Lazare qui eut les mains brûlées par ordre de l’empereur iconoclaste Théophile (empereur de 829 à 842) pour avoir peint cette image de la mère de Jésus. Rappelons seulement que Bernadette de Lourdes comme sœur Lucie de Fatima ont toutes deux affirmé que c’est à ce visage que la Vierge ressemblait le plus.
Mais la plus ancienne copie et sans doute la plus proche de l’original a été découverte à l’église de Sainte Françoise Romaine sur le Forum par Pico Cellini en 1950. (Voir en encart l’image placée à droite.) Elle se trouvait sous plusieurs autres madones peintes en superposition à différentes époques. Margherita Guarducci avec une méthode « implacablement rigoureuse, et faisant appel à différentes disciplines » a établi les faits suivants : Cette icône peinte à l’encaustique est la copie spéculaire – comme dans un miroir - exécutée sur empreinte directe de l’Hodigìtria, ce qui est confirmé, entre autres, par la position de l’enfant sur le bras droit au lieu du gauche. Elle a été exécutée entre 438 et 439 à Constantinople puis envoyée à la fille de l’Empereur Théodose II et d’Eudoxie qui avait épousé l’empereur d’Occident Valentinien III et qui résidait avec son mari à Ravenne. A l’automne 439 le couple impérial l’apporta à Rome sur le Palatin où il séjourna jusqu’à la fin du printemps 440. L’image y resta au moins jusqu’à la moitié du Vème siècle, pour être transférée d’abord à Sainte Marie Antique puis avec une des « retouches » évoquées plus haut, à Sainte Marie Nouvelle ensuite appelée Sainte Françoise Romaine.
Mais du tableau original, de cette Hodigìtria de Constantinople ne reste-t-il vraiment plus rien, plus rien que des copies ? C’est ici que les recherches de Madame Guarducci nous apportent une révélation qu’elle ne met pas trop en valeur car romaine au fond du cœur, elle tient à ce que Rome ait la première place en tout. Une tradition dit-elle qui remonte au début du XIXème siècle (Cf. N.M. Laudisio, Sinossi della diocesi di Policastro, a cura di G.G. Visconti [=Thesaurus ecclesiarum Italiae recentioris aevi, XII 3], Roma 1976) - donc pas très ancienne – nous apprend que le dernier empereur d’Orient Baudouin II, fuyant Constantinople en 1261, avait emporté avec lui la tête de l’Hodigìtria et que la famille d’Anjou, l’ayant obtenue par héritage, avait créé, pour elle et avec elle, la grande icône du Sanctuaire de Montevergine près d’Avellino. (Nous remercions M. Angelo Calvo et son neveu M. Virginio Tropeano d’Avellino qui ont eu l’amabilité de nous en faire parvenir pour Les Nouvelles la photographie que vous trouverez en encart sur la gauche). Tout cela pourrait n’apparaître que pieuse légende s’il n’avait pas été remarqué depuis longtemps que le bois sur lequel était peinte la tête de la Vierge était de nature différente, si sous la peinture médiévale du tableau (et ceci pour le visage seul) n’étaient pas apparues des traces de peinture plus ancienne, si la peinture de Constantinople et celle d’Avellino n’avaient pas été de dimensions plus grandes que nature, si, plus important encore, le tableau de sainte Françoise Romaine – inversé comme dans un miroir – n’avait pas correspondu pratiquement au millimètre près à celui d’Avellino, et si d’autres sources recueillies et illustrées par Madame Guarducci, mais dont elle ne donne malheureusement pas les références dans Il Primato…, ne confirmaient pas que Baudouin II avait vraiment emporté avec lui la tête de l’Hodigìdria. La peinture médiévale qui lui est superposée nous empêche peut-être à jamais de voir l’icône originale, mais Madame Guarducci considérait cette pièce ronde de bois comme étant bien celle du portrait envoyé à sa belle sœur par Eudoxie en 438. Elle repoussait cependant sans donner de raison qu’il ait pu s’agir de l’œuvre de saint Luc. Le Sel de la Terre, constatant qu’un écrit du Synode de Jérusalem (836) signé de 1368 dignitaires, appuie cette tradition, conclut pourtant que « la critique n’a aucune preuve décisive » pour la renverser.



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Né le 7 août 1914, Jean Carmignac est entré au petit séminaire de Mattaincourt, dans les Vosges, en 1925, puis au grand séminaire de Saint-Dié en 1931. Cette démarche avait pris sa source dans une âme encore très jeune mais déjà décidée à consacrer sa vie à quelque chose d’utile et qui n’avait pas tardé à comprendre que "rien ne serait plus utile que de devenir prêtre et de travailler au salut des âmes."...
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