Association Jean Carmignac



L'association tient son nom de l'abbé Jean Carmignac, cet éminent savant hébraïsant dont les travaux scientifiques aboutissent à démontrer, d'une façon qui semble décisive, que les Évangiles, écrits très tôt et en langue sémitique, ont une valeur historique de premier ordre et sont les témoignages de disciples qui ont suivi Jésus ou de ceux qui les ont interrogés. Elle a pour but de faire connaître l'œuvre spirituelle et scientifique de ce prêtre et celle de tous les chercheurs qui, comme lui, contribuent à défendre l'historicité des Evangiles en s'attachant à la seule valeur d'arguments incontestables, appuyés sur des sciences telles que : l'histoire, la philologie, l'archéologie, la papyrologie...



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Dans la première Epître de Saint Jean (1 Jn 4, 3)


décembre 2013
Auteur :

Alan J. Raude

Dans la première épître de Saint Jean une variante remarquable sépare la majorité des manuscrits orientaux des versions occidentales. Il s’agit pour « e(k tou= Qeou= », de fournir un critère pour détecter les esprits humains qui relèvent de l’Antichrist. La leçon majoritaire en Orient donne un critère négatif, la leçon occidentale un critère positif.

- d’une part «  pa=n peu=ma o9 mh\ o/moloei= to\n ihsou=n ... e/stin to\ tou= a\ntixri/stou  »

  • « tout esprit qui ne confesse pas Jésus … est de l’antichrist ! ».

- d’autre part : « pa=n peu=ma o9 lu/ei to\n ihsou=n ... e/stin to\ tou= a\ntixri/stou »

  • « tout esprit qui démembre Jésus … est de l’antichrist. »

Le critère positif est cité aussi par Clément d’Alexandrie, si bien qu’on ne peut l’attribuer à un adaptateur occidental. C’est également la leçon que donnent la Vetus latina et Tertullien, et qui fut apportée en Ibernie [Irlande] par les missionnaires bretons, puisqu’on la trouve dans le livre d’Arnagh.

La critique textuelle.

Du point de vue de la critique textuelle on peut observer que le critère négatif paraît au premier abord simple et sans difficulté d’exégèse : confesser Jésus-Christ est ce que l’on attend de chaque baptisé. Il en va autrement de « lu/ei  » : l’étendue du champ sémantique de ce verbe fait présupposer un enseignement théologique sur la question, dans l’esprit de l’épître aux Hébreux 13, 8 : « Hier et aujourd’hui Jésus-Christ est le même (ho autos) : il le sera pour tous les siècles ». Il en va de même pour le soluit de la traduction latine. Le critère positif est donc (apparemment) moins simple et « lu/ei » est avec évidence la lectio difficilior, celle que l’on ne peut rejeter qu’avec des arguments convaincants.

Si « lu/ei » n’était pas la bonne leçon on n’aurait aucune explication pour son origine, alors que son remplacement par « mh\ o/moloei’= » s’explique par une reprise du verbe du verset 2. La vraisemblance est donc que la bonne leçon est « lu/ei ».

On peut aussi mentionner que, puisqu’il s’agit d’un jugement, il est plus normal de condamner pour un acte que pour un non-acte.

L’enseignement

La leçon « mh\ o/moloei= » est une solution de facilité, mais qui n’apporte doctrinalement rien de nouveau. Elle fait penser à l’épître aux Romains 10, 9-10 :

e\a\n o/mologh\shj e\n tw|= sto/mati/ sou ku/rion ihsou=n, « si tu confesses en ta bouche le Seigneur Jésus » tu seras sauvé. Selon Paul la confession est affaire de bouche, la foi affaire du cœur. Avec Jean nous sommes au niveau de l’esprit, qui, dans la personne humaine, se situe au-dessus de l’âme, souffle humain au plus près du souffle divin. C’est à ce niveau que la conscience de l’incarnation du Messie doit s’imposer. L’apôtre a déjà dit en 4, 2 que tout esprit qui confesse l’incarnation est de Dieu. Inverser cette donnée en un critère négatif ne fait pas progresser l’instruction. Si l’on admet que « lu/ei » est la bonne leçon on doit y voir une instruction concernant l’incarnation.

On a traduit ci-dessus « démembrer » pour traduire « lu/ei », que la Vulgate rend par soluit. Il est clair qu’il s’agit de porter atteinte à l’intégrité de la personne du Messie incarné, d’y introduire une scission.

On doit observer que des manuscrits orientaux, deux sont du IVème siècle, un du Vème siècle et tous les autres sont plus récents. Les témoignages pour le critère négatif ne sont donc pas plus anciens que ceux de « lu/ei ». Il parait clair qu’après le Concile de Chalcédoine les copistes byzantins avaient un motif doctrinal de passer sous silence un argument qui appuyait l’enseignement de Saint Cyrille d’Alexandrie.



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